Asie Autour du monde Tadjikistan

Le Tadjikistan, une parenthèse entre montagnes et lacs 

Après plusieurs jours passés à admirer les coupoles bleues d’Ouzbékistan, nous avons décidé de quitter, le temps d’une journée, les fastes de l’empire timouride pour découvrir un autre pays d’Asie centrale : le Tadjikistan.

À peine une heure après avoir quitté l’Ouzbékistan, le décor change déjà. Les grandes villes laissent place à des vallées entourées de montagnes, les routes deviennent plus sinueuses et les paysages prennent une dimension sauvage qui contraste fortement avec les merveilles architecturales de Samarcande.

Notre destination: les célèbres Sept Lacs (Haft Kul), situés dans les monts Fan, l’une des plus belles régions naturelles du Tadjikistan.

Franchir une frontière et changer d’univers

Partir du centre historique de Samarcande pour rejoindre le Tadjikistan est étonnamment simple, si nous sommes accompagnées d’une excursion officielle. Nous avions choisi celle-ci.

On nous emmène en voiture jusqu’à la frontière, on la passe, puis un chauffeur Tadjik nous attend de l’autre côté. Sur le papier, cela paraît oui simple, c’est sans compter le les formalités douanières. Ce fut, sans doute, le passage de frontière le plus lunaire que j’aie vécu (avec celui à la triple Frontière entre le Paraguay et le Brésil). Entre les Ouzbeks hyper procéduriers et les Tadjiks beaucoup plus relax, le contraste est saisissant. Le clou du spectacle ? Devoir montrer son passeport 6 fois sur une centaine de mètres de no man’s land, à 8h du matin et à 17h au retour. Une expérience à part entière pour marquer un chiffre symbolique, puisque je visitais mon 50ème pays !

On prend la route : le changement d’ambiance est immédiat. Les villages paraissent plus modestes, les montagnes se rapprochent peu à peu et les sommets deviennent omniprésents à l’horizon.

Le Tadjikistan donne immédiatement l’impression d’être plus brut, plus rural, bien que toutefois nous ne visiterons qu’une région et non la capitale, Douchambé, qui a peut-être des allures de Tachkent.

On quitte les palais et les médersas pour entrer dans un monde dominé par la nature.

Porte d’entrée sur le Tadjikistan : Panjakent et son bazar

Premier arrêt de cette excursion: la ville de Panjakent et son immense bazar.

Au bazar de Panjakent, on apprend vite que l’oignon est roi. Ici, on ne l’achète pas à l’unité mais par dizaines, tant il entre dans la composition des plats tadjiks. Ajoutez à cela une agriculture encore largement traditionnelle et peu industrialisée (sans pesticides), et vous obtenez un marché qui sent le vrai : des herbes fraîches, des fruits gorgés de soleil, des montagnes d’épices et cette agitation permanente qui fait le charme des marchés d’Asie centrale.

À propos de la céramique, notre guide nous explique qu’elle est souvent fabriquée en Ouzbékistan mais qu’elle porte fréquemment un symbole typiquement tadjik : la fleur de coton. Une illustration parfaite des liens étroits qui unissent encore aujourd’hui les deux pays. Après la disparition de l’Union soviétique et le tracé des nouvelles frontières, de nombreuses familles ouzbèkes se sont retrouvées en territoire tadjik et inversement. Les langues, les traditions, la cuisine et même certaines identités familiales continuent de traverser les frontières administratives dessinées il y a seulement quelques décennies.

Comparé au bazar de Tachkent, j’ai largement préféré celui de Panjakent. Le principe est identique : chaque produit possède son secteur dédié, des fruits aux tissus en passant par les céréales et les épices. Pourtant, l’atmosphère est tout autre. L’endroit semble moins policé, plus spontané. Les allées fourmillent de vie, les marchandes interpellent les client.es (et non les touristes), les porteurs zigzaguent entre les étals chargés de sacs gigantesques. Une véritable fourmilière humaine où l’on comprend sans doute mieux l’origine du mot « bazar ».

Aujourd’hui encore, malgré son développement moderne, Panjakent conserve quelque chose d’une ville frontière. Située entre les montagnes des monts Fan et les plaines qui mènent vers Samarcande, elle constitue un trait d’union naturel entre l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. Beaucoup de voyageurs ne font qu’y passer (comme nous avant notre tour) avant de rejoindre les Sept Lacs. 

Les monts Fan, un paradis méconnu

Avant ce voyage, je n’avais jamais entendu parler des monts Fan. Pourtant, cette chaîne montagneuse, située entre Samarcande et Douchanbé, est considérée comme l’un des plus beaux joyaux naturels d’Asie centrale.

Pics rocheux, vallées profondes, torrents de montagne et villages isolés composent un paysage spectaculaire qui semble avoir échappé au tourisme de masse.

Au fil de la route, les panoramas deviennent de plus en plus impressionnants. Notre chauffeur s’arrêtait régulièrement pour nous permettre de prendre quelques photos, mais surtout pour nous laisser profiter du silence.

Les Sept Lacs : une jolie palette de couleurs 

Les Sept Lacs, connus localement sous le nom de Haft Kul, forment une succession de lacs de montagne reliés les uns aux autres par la rivière Shing.

7 lacs visités dans les montagnes de Fan. Difficile de retenir tous leurs noms, mais impossible d’oublier la beauté du lieu. En effet, certaines beautés sont créées par l’homme. Et d’autres par la nature.

La rivière glisse entre les montagnes, les reflets des lacs changent au fil du soleil… un décor à la fois sauvage et apaisant. 

En tant que Suissesses, habituées à nos propres joyaux bleus, on a trouvé ça très joli, mais peut-être pas aussi renversant que certains l’imaginent. Ce qui a vraiment rendu cette aventure épique, ce sont les rencontres et le simple fait de se retrouver perdues au Tadjikistan. 

Comme souvent en Asie centrale, ce sont aussi les rencontres qui donnent toute sa richesse au voyage.

Des enfants nous saluaient au passage ou surgissaient au bord d’un lac pour nous gratifier d’un sourire ou même de quelques mots d’anglais. Des habitants nous observaient avec curiosité et bienveillance, tout en essayant de nous vendre leur joli bracelet (changez du cash à la frontière si vous le souhaitez, les soms ouzbeks n’étant pas acceptés, attention toutefois il ne s’agit pas d’un point officiel de change, mais des locaux).

Quelques échanges, souvent limités par la langue, suffisaient néanmoins à créer ce sentiment d’hospitalité que l’on retrouve partout dans la région.

Le Tadjikistan est parfois éclipsé par ses voisins plus connus, mais les personnes rencontrées au cours de cette journée nous ont laissé l’image d’un pays accueillant et profondément attaché à ses traditions.

Et pour l’anecdote toilettes : les seules du parcours n’étaient rien de plus qu’un trou, au lac numéro 4. Qui lui est plus communément surnommé le “nombril”, étant au milieu des autres lacs.

Une route qui devient une aventure

La route elle-même fait partie de l’expérience.

Plus nous avancions, plus le chemin devenait étroit, escarpé et spectaculaire. Les montagnes semblaient se refermer autour de nous tandis que les lacs apparaissaient successivement comme des oasis au fond de la vallée.

Notre chauffeur, parfaitement habitué aux routes locales, avançait avec un calme impressionnant là où nous étions parfois un peu moins sereines.

Mais c’est précisément ce qui rend cette excursion mémorable : cette sensation de s’éloigner progressivement du monde moderne pour pénétrer dans un territoire encore largement préservé.

Un véritable rodéo à quatre roues (et pas en Jeep mais en monospace…) : ça secoue dans tous les sens, on saute presque sur le siège à chaque nid-de-poule. Les routes sont étroites, bordées de précipices qui font frissonner, et les dépassements se font à la chaîne, souvent dans des conditions où, nous Suissesses bien disciplinées (presque toujours oui!), on aurait serré les freins depuis longtemps. Quant aux limitations de vitesse… disons qu’elles semblent plus décoratives qu’obligatoires. Une expérience intense, un peu folle parfois, mais qui fait aussi partie du charme de voyager au Tadjikistan. 

Une autre facette de la Route de la Soie

Après les coupoles turquoise de Samarcande, les Sept Lacs offrent une vision totalement différente de l’Asie centrale.

Ici, ce ne sont plus les conquérants qui impressionnent, mais les montagnes. Ce ne sont plus les mosaïques qui émerveillent, mais les reflets changeants de l’eau.

Cette excursion a constitué pour moi le parfait complément de mon voyage en Ouzbékistan. D’un côté, des siècles d’histoire gravés dans la pierre ; de l’autre, une nature brute et majestueuse, qui rappelle que l’Asie centrale ne se résume pas à la Route de la Soie et à ses trésors architecturaux. Elle est aussi une terre de paysages sauvages et grandioses, que les voyageurs d’autrefois n’hésitaient pourtant pas à traverser malgré les défis qu’ils représentaient.

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