Lorsque l’on prépare un voyage en Ouzbékistan, on pense immédiatement à Samarcande, Boukhara ou Khiva. Tachkent, la capitale, est souvent considérée comme une simple étape avant de prendre le train vers les villes historiques. Pourtant, ce serait une erreur de la traverser sans s’y attarder.
Avec ses larges avenues héritées de l’époque soviétique, ses stations de métro spectaculaires, ses marchés animés et ses nouveaux quartiers ultramodernes, Tachkent offre un visage totalement différent du reste du pays. C’est une ville de contrastes où l’histoire côtoie une modernité assumée.
Nous y avons passé deux jours et cela nous a permis de découvrir une autre facette du pays.
Une ville reconstruite après un séisme dévastateur
Le visage actuel de Tachkent s’explique par un événement majeur : le terrible tremblement de terre du 26 avril 1966. Une grande partie de la vieille ville fut détruite, laissant place à une vaste reconstruction menée par l’Union soviétique.
Résultat : de grandes artères, des immeubles massifs, de nombreux espaces verts et une architecture brutaliste qui contraste fortement avec les cités caravanières de la Route de la Soie.
Aujourd’hui, cette identité soviétique se mêle à des bâtiments flambant neufs, des gratte-ciel de verre et des projets urbains ambitieux.
Le bazar Chorsu, le cœur vivant de Tachkent
Impossible de visiter Tachkent sans passer par le célèbre bazar de Chorsu. Ce fut d’ailleurs notre première destination, étant arrivées à 7h du matin, et n’ayant pas pu faire un check-in anticipé. Nous partions à l’aventure, sous une chaleur déjà présente, vers un des sites majeurs de Tachkent.
Sous son immense dôme turquoise, on découvre un marché vibrant où les habitants viennent encore faire leurs courses quotidiennes. Fruits secs, épices, pains traditionnels, noix, légumes, viandes, fromages, douceurs locales… les étals débordent de couleurs et de senteurs.




Les effluves d’épices réveillent plus efficacement qu’un double espresso. Puis viennent les boucheries, où l’on est loin des mises en scène Instagram : carcasses suspendues, découpes à vif… Si on s’y aventure dès le matin, mieux vaut avoir l’estomac bien accroché. Et, au détour d’une allée, des vendeurs de chapkas proposent leurs imposantes coiffes en fourrure… en plein mois d’août. Franchement, respect à ceux qui arrivent à en essayer une sous cette chaleur.

À l’extérieur, le marché s’étend dans toutes les directions avec des halles spécialisées et des vendeurs proposant absolument de tout. C’est bruyant (oui même si tôt), coloré, généreux et totalement vivant. Bref, notre baptême ouzbek est validé. Il était 10h, nous n’avions pas dormi, mais nos sens, eux, étaient officiellement réveillés.
Le métro de Tachkent : un musée souterrain
S’il y a bien une activité gratuite à ne pas manquer, c’est le métro. Bien plus qu’un simple moyen de transport pour rejoindre les points clés de la capitale, ce métro a été l’une de nos attractions préférées.
Longtemps interdit aux photographies car considéré comme une infrastructure stratégique, il est aujourd’hui accessible aux visiteurs et visiteuses, appareils photo compris. Pour 0,12 centimes (!), on s’est offert de véritables voyages souterrains à travers des stations dignes de musées.
Chaque station possède sa propre identité architecturale. Lustres monumentaux, marbre, mosaïques, sculptures, fresques soviétiques ou jeux de lumière… chaque arrêt a son ambiance.


Parmi les stations les plus célèbres figurent Kosmonavtlar, Alisher Navoiy ou Mustaqillik Maydoni. Chacune raconte un pan de l’histoire ouzbèke ou soviétique.


Nous nous y sommes promenées comme dans une galerie d’art vivante, passant d’un univers à l’autre tout en observant, au fil des quais, le quotidien des locaux.
Tachkent City : le Dubaï de l’Ouzbékistan
Ce qui surprend le plus à Tachkent, c’est le contraste permanent entre les différentes ambiances.
En quelques minutes seulement, on passe de quartiers traditionnels aux rues bordées d’immeubles soviétiques avant d’arriver dans une ville presque futuriste: Tachkent City.



C’est un peu comme débarquer dans un autre univers, à mille lieux des stations souterraines. Gratte-ciels tout neufs, fontaines impeccables, promenade au cordeau, tout brille, tout clignote, tout crie « futur ».



Ce nouveau quartier affiche en effet une architecture contemporaine avec de larges promenades, des fontaines, des immeubles de bureaux, des centres commerciaux et des espaces pensés pour les familles. Nous nous baladons les yeux ronds, en nous demandant si nous sommes toujours en Ouzbékistan ou dans un décor digne de Dubaï. C’est impressionnant, ultra-propre, ambitieux, presque irréel. Mais honnêtement ? C’est trop, trop. Trop lisse, trop grandiose, trop parfait pour être totalement chaleureux. Une promenade qui laisse finalement plus la place aux questionnements qu’aux souvenirs.
À la chasse aux lieux de culte de Tachkent
Comme toutes les grandes villes d’Ouzbékistan, Tachkent regorge de mosquées et d’autres lieux saints, principalement musulmans. Notre découverte de ce patrimoine religieux a pourtant commencé par un joli fail. Et, pour une fois, ce n’était pas parce que nous tentions de nous incruster dans un lieu de culte sans avoir bien lu les règles d’accès. Non, le problème était beaucoup plus simple : le site était en plein chantier.
Petit contexte. Juste à côté de notre hôtel se trouve le magnifique complexe de Hazrati Imam, l’un des plus importants centres religieux de Tachkent et haut lieu de l’étude de l’islam. Avec sa superbe coupole bleu turquoise, il avait immédiatement tapé dans l’œil de ma partenaire de voyage. Impossible de passer à côté.
Nous voilà donc parties, à pied, sous un généreux 37 °C.
Sauf qu’en arrivant sur place, l’ambiance est… légèrement différente de celle imaginée. Des barrières, des pelleteuses, une route entièrement éventrée : on se croirait davantage sur le chantier du siècle que devant l’un des monuments les plus emblématiques du pays.
Mais têtues comme nous sommes, nous refusons d’abandonner. Impossible de trouver la moindre information en ligne indiquant que le complexe est fermé pour rénovation. Nous tentons donc un détour, puis un autre, jusqu’à tomber nez à nez avec un policier, matraque à la main et visiblement peu d’humeur à négocier. Son verdict tombe, aussi bref que définitif :
« Niet. »
Impossible de visiter, tout est fermé. Adieu la découverte de ce qui est considéré comme la plus grande mosquée d’Ouzbékistan. Nous réussissons tout de même à voler une photo de loin sous le regard peu rassurant du policier. Puis, nous rebroussons chemin, un brin dépitées.


Qu’à cela ne tienne ! Nous sautons dans un Yandex. Je vous en reparle un peu plus loin dans cet article L’Ouzbékistan en 15 jours: itinéraire et conseils pratiques). Nous traversons toute la ville et mettons le cap sur la plus ancienne madrasa de Tachkent.
Le lieu est agréable, certes… mais la visite dure cinq minutes montre en main.


Troisième tentative. Re-Yandex. Cette fois, direction la plus récente mosquée d’Ouzbékistan. Après tout, jamais deux sans trois.
Nous arrivons finalement à la mosquée Minor (également appelée Minhor), véritable vedette de la Tachkent moderne.


Après quelques détours plus ou moins inspirés, nous terminons enfin notre chasse aux mosquées en beauté. Entièrement revêtue de marbre blanc éclatant, coiffée d’une élégante coupole bleutée et encadrée de minarets élancés, la mosquée impose immédiatement sa présence. Ses jardins sont parfaitement entretenus et la promenade qui longe la rivière jusqu’au centre-ville constitue une très belle façon de conclure la visite.



Une capitale étonnamment verte
Autre surprise : Tachkent est une ville très arborée.
Les grands boulevards sont bordés d’arbres, les parcs sont nombreux et les espaces verts apportent beaucoup de fraîcheur, particulièrement appréciable pendant les fortes chaleurs estivales.
Cela permet de flâner tranquillement (et à l’ombre bienvenue), tout en tombant sur des lieux mythiques, comme l’impressionnant hôtel Uzbekistan, bloc soviétique mythique et symbole de la ville qui semble veiller sur les habitants et habitantes avec son allure rétro-futuriste.
Après quelques kilomètres à parcourir la ville à pied, nous arrivons devant la statue du Courage.
Ce monument particulièrement émouvant rend hommage au terrible tremblement de terre de 1966, l’événement qui a profondément marqué l’histoire moderne de Tachkent et qui a façonné la capitale que l’on découvre aujourd’hui. La sculpture représente un couple tenant leur enfant face à une fissure ouverte dans le sol, symbole de la résilience d’un peuple et de la reconstruction d’une ville entière après la catastrophe.

Nous poursuivons ensuite notre balade jusqu’à la place de l’Indépendance, véritable cœur symbolique de Tachkent. Au bout d’une immense esplanade, dissimulé derrière quelques arbres, se dévoile un imposant globe surmonté d’une mère portant son enfant, représentation d’une Ouzbékistan moderne et souveraine.
L’ensemble est solennel, presque cérémonial, avec une forte dimension patriotique. Pourtant, ce qui attire immédiatement mon regard, ce sont les magnifiques fontaines qui longent une succession de colonnes en marbre blanc. Au sommet de celles-ci trônent des cigognes, symboles de paix et de sérénité, tandis qu’au centre de la place s’élancent deux Humo, ces oiseaux mythiques issus des récits orientaux et devenus l’un des symboles nationaux de l’Ouzbékistan.



C’est à ce moment-là que commence ma fascination pour cet oiseau légendaire, à la fois élégant et flamboyant. Une fascination qui ne fera que grandir au fil du voyage : à Boukhara, une façade entièrement consacrée au Humo deviendra d’ailleurs mon détail architectural préféré de tout notre périple.
Combien de temps consacrer à Tachkent ?
Beaucoup de voyageurs n’y passent qu’une nuit avant de voguer directement vers les principales étapes de la Route de la Soie. Pourtant, une journée complète permet déjà de découvrir les principaux incontournables listés ci-dessus.
Tachkent ne possède pas le charme oriental de Samarcande ou de Boukhara, mais ce n’est pas ce qu’on lui demande. Elle raconte une autre histoire : celle d’une capitale reconstruite, tournée vers l’avenir tout en conservant quelques témoins de son passé.
C’est une ville de contrastes, parfois déroutante, souvent surprenante, mais jamais ennuyeuse.
Nous en gardons le souvenir d’une étape agréable qui nous a permis de mieux comprendre l’Ouzbékistan avant de partir explorer les joyaux historiques de la Route de la Soie.
Et si vous êtes comme nous, vous pourriez finalement repartir en vous disant que Tachkent mérite bien plus qu’une simple escale.
