Admont Autriche Europe

L’Abbaye d’Admont, le trésor caché de l’Autriche

Admont, un village paisible

7:00, le réveil sonne, douloureusement tôt après une petite nuit à l’auberge de jeunesse de Graz. Le trajet de la veille, en train, de 10h40 se fait ressentir également, et je m’apprête à entreprendre un petit périple de 2 heures afin de rejoindre le centre de l’Autriche, à la découverte d’un lieu hors du temps.

Un lieu surprenant qui était la raison principale de mon voyage en Autriche, à l’été 2021. Je vous emmène à Admont, une petite municipalité autrichienne située en Styrie (dont la capitale est Graz).

La ville d’Admont ne présente aucun signe particulier de beauté hormis le fait de posséder un patrimoine important. C’est un lieu de villégiature pour les visiteurs qui souhaitent randonner dans la vallée de l’Enns et dans les montagnes du Gesäuse (un parc national y a été établi). C’est également une localité reconnue pour son auberge de jeunesse, le JUFA Schloss Röthelstein, qui est installée dans un château baroque à 5 kilomètres du centre de la commune. J’avais hésité au départ à y séjourner, mais je préférai poser mon sac à Graz pour deux nuits afin d’explorer la deuxième cité autrichienne.

Pourtant, si Admont s’anime la journée, c’est afin d’accueillir les nombreux visiteurs venant découvrir l’abbaye bénédictine et sa phénoménale et incroyable bibliothèque. Oui, j’ai voyagé plus de 10 heures en train depuis la Suisse, dans le but principal d’admirer une bibliothèque. Mais alors quelle bibliothèque !!

Des abbayes, l’Autriche en compte des dizaines, dont la plus renommée est celle de Melk. Je découvrirai également lors de ce voyage celle de St. Florian, située à une dizaine de kilomètres de Linz, pour découvrir son impressionnante bibliothèque qui ne peut s’admirer que sur visite guidée (un autre récit qui vous sera bientôt conté).

Ainsi, lors de mon arrivée à Admont, l’abbaye bénédictine n’offre aucun signe extérieur de splendeur. Toutefois, l’église est imposante et une tranquillité règne sous les coups de 10:00. L’influence touristique n’est pas encore arrivée. Je ne profite toutefois pas du parc joliment aménagé et me dirige directement aux admissions, voulant profiter de la bibliothèque avec le moins de personnes possibles. J’avais également établi cette heure d’arrivée, principalement en fonction des correspondances des transports en commun, mais surtout pour participer à la visite guidée gratuite de 11:00. Celle-ci est exclusivement en allemand et dure une quarantaine de minutes. Naturellement, je ne comprendrai pas la moitié des propos, mais cela permet de déchiffrer certains aspects architecturaux ainsi que la riche histoire du lieu.

L’entrée coûte 12.50 Euros pour un adulte et 7.50 Euros si vous êtes étudiant.e.s (sur présentation d’une carte valable). D’autres prix pour diverses autres catégories sont disponibles ici à titre de renseignement.

La bibliothèque d’Admont, symbole de prestance et de savoir

Je frétille d’excitation en me rendant au premier étage et en arrivant devant l’immense porte derrière laquelle se révèle le trésor de l’abbaye. L’ouvrant, je reste béate d’admiration devant ce que j’observe. Baignée par une lumière rafraichissante, pendant une trentaine de minutes, j’essaie de découvrir tous les secrets que renferment la bibliothèque de l’abbaye d’Admont. Mes yeux ne peuvent se reposer devant toutes les subtilités qu’elle emmure depuis plus de 300 ans. C’est d’ailleurs, la plus grande bibliothèque monastique au monde. Rien que cela.

Et mon Dieu ce qu’elle resplendit (oui je jurai beaucoup devant tant de splendeur !). De fresques en fresques, de rayons en rayons, je reste éblouie par les couleurs pastel et blanche qui donnent à la bibliothèque son côté si lumineux (aidées des 48 fenêtres qui illuminent la salle). Je pourrais encore m’extasier de longs paragraphes sur la beauté du lieu et mes ressentis, cependant je préfère vous proposer quelques explications sur ce que vous verrez en photo.

Achevée en 1776, la somptueuse bibliothèque est de style rococo et a été entièrement rénovée au début des années 2000. Outre les nombreux ouvrages importants qu’elle met à disposition, la bibliothèque rayonne grâce à ses dimensions gigantesques : 70 mètres de long, 11 mètres de hauteur (12,7 dans la coupole centrale) et 14 mètres de large.

Je remarque directement les magnifiques fresques. Le cycle de celles-ci dans les sept coupoles voûtées a été réalisé par Bartolomeo Altomonte (1694-1783). Le peintre autrichien a entrepris cette œuvre alors qu’il avait déjà 80 ans et a pu l’achever au cours des mois d’été de 1775 et 1776. C’est également lui qui réalisa celles à St. Florian. Grand partisan du genre allégorique baroque plutôt que celui du rococo, le thème de base de ce cycle de peintures en sept parties considère le lien intime entre la religion et les arts ainsi que les sciences. Et donne lieu parfois à des scènes un peu fantasques ou à des interprétations qui diffèrent (notamment celles que j’imagine avec la peinture des menottes, photo 4 sur la gauche).

De plus, la bibliothèque abrite 16 sculptures et deux grands reliefs de Josef Stammel (1695-1765) ainsi que 68 bustes (dont 60 représentant des savants, des artistes, des poètes, des sculpteurs et des sybiles) réalisés de sa main et en bois de tilleul. Ses œuvres sont en tension avec le reste de la conception de la salle de la bibliothèque d’Admont, qui est caractérisée par l’esprit des Lumières. À l’exception des bustes dorés, ils sont bronzés et réalisent ainsi une illusion matérielle. Le sol quant à lui est réalisé de marbre en damier. Il est parsemé de sculptures figurant les Quatre Dernières choses que sont La Mort, Le Jugement dernier, le Paradis et l’Enfer.

Elle renferme environ 200’000 volumes dont 1’400 manuscrits réalisés à partir du VIIIe siècle et qui obéissent à la Règle de saint Benoît (vous vous rappelez, je mentionnais ceci déjà ici).

Le tout mentionné forme un ensemble magnifique de savoir et d’esthétisme. En effet, l’interaction de ses énormes dimensions, de sa structure architecturale, de sa collection de livres et de son mobilier artistique a une portée intemporelle, à couper le souffle. Ce n’est pas pour rien, que dans le passé, la salle était communément appelée la « huitième merveille du monde ». Et puis, elle enferme également quelques raretés, telles que comme la Bible de Martin Luther et l’Encyclopédie originale de Diderot et d’Alembert.

Durant la visite, j’apprends encore qu’elle survécut à un terrible incendie qui ravagea l’abbaye et le village d’Admont en 1865. Un vrai miracle. Ainsi, par la suite l’abbaye fut reconstruite et ne conserve donc « d’origine » que la bibliothèque. Les ouvrages virent également d’autres sombres évènements historiques, tels que la visite, pendant la seconde guerre mondiale, des nazis.

Riche en volumes sur l’histoire et les différentes recherches liées à la médecine, ils n’avaient pas hésité à piller la bibliothèque pour leurs propres recherches sur l’eugénisme (définition de Wikipédia : « l’ensemble des méthodes et pratiques visant à sélectionner les individus d’une population en se basant sur leur patrimoine génétique et à éliminer les individus n’entrant pas dans un cadre de sélection prédéfini »). Ce furent environ 2’000 livres volés, et dont la restitution ne fut établie qu’après l’ère nazie.

Observant les étagères remplies des différentes sections (médecine, philosophie, théologie, etc.), je réalise à quel point ces livres sont importants et permettent de comprendre certains pans historiques. Leur valeur est inestimable et c’est une des raisons qui font que j’aime découvrir ces bibliothèques, qu’elles soient monastiques ou non.

Découverte de l’abbaye d’Admont

Je ressors de la bibliothèque, éblouie certes, mais galvanisée d’avoir pu découvrir ce lieu si stupéfiant. Je me dirige ensuite vers les autres lieux à visiter, compris dans le prix d’entrée. Effectivement, fondée en 1074, l’abbaye abrite également 4 musées, dont un d’art et un d’histoire naturelle qui rassemble la deuxième plus importante collection d’insectes en Autriche. À vrai dire, je ne m’attendais pas du tout à découvrir ceci dans l’abbaye, ni un aspect plus technologique avec certaines expositions. N’hésitez pas à poursuivre la visite après votre découverte de la bibliothèque, vous découvrirez d’insolites et variées expositions.

Finalement, devant attendre le bus, je partis me reposer quelques dizaines de minutes dans le parc extérieur, sur un banc, à l’ombre. Entourée de canards, j’observe le calme de l’étang et surtout l’arrière-plan de ce paysage digne d’un tableau de  l’impressionniste peintre français Claude Monet, avec les majestueuses montagnes qui se découpent à l’horizon et les nénuphars en premier plan. De quoi conclure une journée à Admont de la meilleure manière possible.

Comment se rendre à l’abbaye

Comme mentionné auparavant, Admont est une petite ville rurale qui se situe au centre de l’Autriche, plus spécifiquement dans le Land de la Styrie.

Me déplaçant en train et transports publics, je vous recommande de télécharger l’application OBB ou de vous rendre sur le site internet pour regarder les horaires et correspondances. Il me fallut voyager un peu plus de 2 heures 15, en provenance de Graz, pour arriver à Admont. Je pris le train à 7:45 un samedi matin ensoleillé de juillet et changeai à Liezen avant de prendre le bus 910. Cette correspondance est la plus facile et la moins couteuse, n’engendrant qu’un changement. Vous pouvez prendre les billets directement sur l’application, ce qui est fort pratique.

Capture d’écran de mon voyage

Vous pouvez également vous rendre à Admont en voiture. L’abbaye dispose d’un grand parking.

Et vous, connaissiez-vous ce trésor caché autrichien ?

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