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Hallstatt, village idyllique des Alpes étouffé par le tourisme de masse

Coincé entre les chaînes de montagnes accidentées du Dachstein et du Salzkammergut et surplombant un lac limpide, le village alpin de Hallstatt, en Autriche, offre un spectacle vraiment époustouflant. Pourtant depuis quelques années, cet endroit est devenu un haut lieu du tourisme de masse européen. Quand je le visitai durant l’été 2019, à aucun moment je n’aurais pensé être entourée d’autant de touristes, même en plein mois de juillet. J’avais l’impression, à tort, que ce village avait été épargné des grandes affluences touristiques estivales. Mais en même temps, si j’avais pu découvrir cet endroit sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes avaient pu faire de même…

Le surtourisme en français ou overtourism en anglais prend de plus en plus d’ampleur, bien que peut-être certaines façons de voyager ou les manières de penser au tourisme pourraient évoluer suite à la situation du Covid-19. Pourtant, je fus interpellée face aux (trop) nombreuses personnes qui foulaient les ruelles de Hallstatt.

Dans cet article, je vais naturellement vous vanter la beauté de ce village alpin qui fut absolument magnifique à découvrir, mais je ne peux cacher le sentiment de malaise qui me fit rentrer sur Salzbourg plus rapidement que ce que j’avais au préalable planifié. Ainsi, je décidai de me renseigner un peu plus sur ce phénomène de masse dans la ville autrichienne.

Quelques mots sur Hallstatt

Lovée dans un écrin montagneux des Alpes autrichiennes, peut-on s’étonner de voir autant de personnes débarquer quand on assiste à la splendeur des environs ?

Hallstatt est un village historique qui se situe dans la région autrichienne du Salzkammergut, à environ 78 km de Salzbourg. Entouré de montagnes et situé au bord du lac de Hallstatt (Hallstättersee en allemand), le village est ainsi au centre d’un féerique et ce par toutes les saisons.

Le village autrichien qui a inspiré La Reine des neiges n'en peut ...
Carte trouvée ici

Pour vous y rendre, deux options s’offrent à vous : par la route ou par le train puis le bateau. Voyageant en train durant mon périple autrichien, j’avais pris celui-ci de bonne heure au départ de Salzbourg afin d’arriver vers 9h à Hallstatt et éviter les possibles foules. Cependant, déjà en débarquant à la petite gare, je me rendis compte du nombre de personnes qui étaient également descendues et qui voulaient embarquer sur le bateau pour rejoindre Hallstatt. À croire, que nous avions tous eu la même idée d’arriver relativement tôt.

Les faits concernant le tourisme de masse

Dans ce monde contemporain, où des joyaux touristiques autrefois cachés peuvent désormais être présentés dans les flux d’Instagram (entre autres), des problèmes peuvent surgir lorsque de petites destinations, ou des destinations non préparées, tentent de faire face à une foule de visiteurs. Hallstatt en est un exemple, un lieu dont la popularité a été renforcée ces dernières années.

En date du début d’année 2020, le maire du village idyllique supplie les touristes de ne plus venir, par crainte que ce décor de conte de fées ne survive pas au tourisme de masse.

Peuplé de 770 habitants, Hallstatt accueille environ 10’000 touristes, principalement asiatiques, chaque jour ! Le village attire 13 fois plus de visiteurs que d’habitants, ce qui démontre une réelle problématique à gérer, principalement pour les locaux, qui ne peuvent pas vivre paisiblement dans leur village. Pourtant, jusqu’en 1960, c’était un havre de paix, accessible seulement pas bateau et dont personne ne connaissait la valeur et la beauté des environs, hormis ses habitants. C’est la construction de la route qui a donné le coup d’envoi au tourisme. Puis, en 1997, Hallstatt a été inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.

Cependant, tout a réellement commencé lorsque le village a été proclamé « village la plus instagrammable du monde » en Asie et qu’il a été reproduit à l’identique en Chine, à Huizhou, en 2012. On connaît la Chine pour ses nombreuses contrefaçons de toutes sortes, notamment textiles, mais on n’avait encore jamais vu un village entier être reproduit. Bien que la cérémonie d’inauguration se soit déroulée en présence d’une délégation venue du village autrichien, de nombreux habitants se sont indignés de cette copie, n’ayant pas été mis au courant d’un tel projet.

Cet engouement pour le bourg historique a été encore plus envenimé puisqu’il semble que les créateurs de la Reine des Neiges aient pris pour modèle le village autrichien pour créer la fictive ville d’Arendelle (nombreuses rumeurs à ce sujet, en soi nous ne savons pas ce qu’il en est). Vu l’enthousiasme que les deux volets de la franchise Disney a suscité, il est difficile de ne pas vouloir se rendre sur l’hypothétique lieu d’inspiration de son dessin animé préféré.

Pourtant, avoir envie de découvrir un endroit, ne rime pas à l’envahir complètement ! Le tourisme a-t’il des limites ? Justement je pense que oui, puisque les habitants de cet endroit demandent à respirer et de base, n’ont pas besoin du tourisme pour vivre.

Ma visite à Hallstatt

C’est réellement lors de ma visite à Hallstatt, en juillet 2019, que je me suis aperçue des craintes des habitants face au tourisme de masse dans la station alpine. J’avais déjà expérimenté plusieurs fois, les immenses foules de touristes, notamment à Venise et à Barcelone, deux villes qui souffrent également du tourisme de masse et qui cherchent des solutions pour contrer cela, mais je ne m’attendais pas à découvrir le même phénomène au fin fond de l’Autriche.

Comme je le racontais au début de cet article, je partis en train de Salzbourg afin d’arriver assez tôt, voulant certes éviter une possible foule, mais également car je ne connaissais pas vraiment les environs et les activités à découvrir. Le trajet dura 2h30 et je dus changer à Attnang-Puchheim. Le voyage en train depuis cet arrêt est également magnifique, surtout lors du passage le long du Traunsee, un autre des lacs reconnus du Salzkammergut. Je faillis m’arrêter à Bad Ischl, ville thermale réputée de la région, mais n’ayant pas de correspondances pour Hallstatt toutes les heures, je remis ce projet à un autre voyage en Autriche.

Salzkammergut – Alpenjoy.de
Carte prise ci-joint

En arrivant à la gare ferroviaire, je découvris qu’il fallait prendre le bateau pour me rendre au village, puisque je me retrouvais sur l’autre rive du lac. Les horaires du bateau coïncident avec ceux des trains qui desservent la gare de Hallstatt. Je ne me rappelle plus exactement combien j’ai dépensé pour l’aller-retour mais cela ne devait pas être plus de 10 euros. Pour être sûr, consultez les tarifs sur le site internet de la compagnie de navigation.

Avant l’introduction du bateau à vapeur, Hallstatt n’était accessible que par le lac. Le sel, provenant des mines au-dessus du village, était transporté sur des sortes de gabares à sel sur le fleuve Traun. C’est seulement en 1880 que la ligne ferroviaire fut construite sur la rive en face du village.

Malgré la foule, nous réussîmes à tous prendre place sur le bateau et je réussis même à me retrouver à l’arrière dans un bord, où les possibilités de vue sur le lac étaient grandes. Naviguant tranquillement, ce fut un pur plaisir d’approcher Hallstatt par le lac, puisque nous pouvions apercevoir de nombreuses facettes du village d’une perspective insolite.

Arrivant au débarcadère, je ne savais où donner de la tête et où me diriger, surtout en voyant déjà la foule de touristes agglutinée sur cette place. Je décidai alors de me rendre à l’office du tourisme afin de m’informer quant aux diverses activités à entreprendre à Hallstatt. Pour ce faire, j’empruntai la rue principale et j’arrivai rapidement à la jolie place du marché. Au charme pastel, cette place est absolument accueillante et j’appris par la suite que son aménagement date du 14ème siècle. Les maisons que vous voyez sur le côté droit appartiennent exclusivement à des particuliers alors que celles se trouvant sur la gauche à la commune d’Hallstatt. Au milieu se trouve une étrange colonne mais cela donne un certain charme.

Je ressentis rapidement le besoin de m’éloigner de la rue principale et des points de vue de la ville. Voyageant seule, je me sentais étouffée par ces hordes de touristes, il est vrai principalement d’apparence asiatique, qui n’étaient pas très discrets. Je fus alors contente de savoir que l’office du tourisme se trouvait à l’entrée du village, à côté de la ville de Lahn. Plus je m’approchais (et donc m’éloignais du centre historique), plus les touristes se faisaient rares et je pouvais ainsi facilement m’imprégner de la beauté des lieux.

En marchant, je me suis dit qu’au quotidien, les locaux ne peuvent pas être en paix. Selon les dires du maire dans diverses interviews récentes, les habitants subissent des touristes :

  • Nombreux drones qui survolent le lac (bien qu’autorisés qu’avec l’accord de la commune)
  • Séances de photos de mariage à chaque coin de rue
  • Les regards indiscrets dans les maisons privées
  • Des intrusions dans les jardins pour s’asseoir sur des bancs ou trouver le meilleur angle pour leurs photos
  • Et même, des intrusions dans les maisons privées pour, il paraît, utiliser les toilettes…

En y repensant, après avoir fait le tour du village, en à peine 1 heure, j’avais assisté à presque toutes ces affirmations ! Presque toutes, car je ne me souciai pas de savoir ce qui se passait au niveau de l’utilisation des toilettes privées.

Arrivée à l’office du tourisme, je découvris qu’un joli belvédère au sommet de la colline permettait une vue grandiose sur Hallstatt et ses environs. Me trouvant à côté du funiculaire, je déboursais la somme de 9 euros (oui ce n’est pas donné) pour un simple aller jusqu’au Salzberg (littéralement la montagne du sel). À 10 minutes à pied de la station se trouve une activité touristique fort sympathique qui ravira les familles puisqu’un voyage à travers 7’000 ans d’histoire de l’extraction du sel attend ceux qui iront visiter les mines de sel d’Hallstatt.

Je préférais me rendre au belvédère « Welterbeblick » (patrimoine mondial en français) afin de jouir d’une vue grandiose sur Hallstatt, son lac limpide et sur les montagnes environnantes. Encore plus grandiose était le peu de touristes, et je pus profiter de quelques minutes, seule, au bout du promontoire à admirer la vue.

Peut-être parce nous étions en matinée, mais c’est une belle échappatoire aux hordes de touristes du village. Il vous faudra aussi profiter de la terrasse du restaurant situé à côté du belvédère, cependant comme il n’était pas encore 11h, je ne pouvais commander à la carte.

Pour retourner à Hallstatt, 40 minutes sont nécessaires sur le chemin en lacet qui descend depuis la station du funiculaire. Ce chemin propose de jolis points de vue et tout au long du chemin, des panneaux informent le visiteur sur divers thématiques liées à la région. Passionnant et très intéressant ! Cela vous permettra aussi, si comme moi vous souffrez des genoux en descente, de vous arrêter quelques instants tout en vous informant sur la région.

Si vous passez à côté de ce cours d’eau, vous êtes dans la bonne direction. Vous arriverez ensuite, dans les hauteurs du village.

En redescendant, je rencontrai un vieil homme à qui je demandai mon chemin. Engageant la conversation, il commença à me parler en autrichien avec un fort accent et autant dire que j’avais des grandes difficultés à tout comprendre. Heureusement pour moi, il comprenait un peu le français et je pus lui parler en mi-français/mi-allemand (on se débrouille comme on peut : je comprends relativement bien l’allemand mais le parler reste quelque chose qui m’échappe) et il me répondait en autrichien. Ce fut une jolie rencontre et il m’expliqua qu’il habitait depuis toujours dans le village de Hallstatt et qu’il était très fier de sa région. À aucun moment, il ne critiqua le tourisme, d’ailleurs nous ne parlâmes pas vraiment de cet aspect mais plutôt des jolies randonnées à faire dans les environs. En outre, il déclara que le meilleur moyen de découvrir Hallstatt est aux premières lueurs du jour où la lumière est la plus belle selon lui et où ne l’on rencontre personne. Il me conseilla également d’éviter la rue principale en prenant le chemin parallèle à celle-ci qui est beaucoup moins fréquenté.

C’est ce que je fis, et je découvris des vues magnifiques sur le lac, tout en me promenant tranquillement.

Arrivée aux abords de l’église, icône d’Hallstatt, je retrouvai la foule. Cette église que l’on voit sur tous les clichés représentant le village autrichien se nomme l’église évangélique du Christ en français et fut construite en 1785 comme maison de prière.

Poursuivant mon chemin, j’arrivai bientôt au spot où les nombreux touristes prennent la photo cliché. Il est simple, il était presque impossible d’approcher la barrière afin de prendre une photo. Je continuai quelques instants avant de faire demi-tour voyant arriver la fin du village. Je réussis finalement à me faufiler vers la barrière entre deux selfies et poses de touristes afin d’immortaliser la vue (oui je voulais aussi la photo cliché, mais il est vrai que c’est la plus jolie vue). 

Ne pouvant admirer la vue sans être dérangée, je décidai de me rendre à l’autre église du village qui se trouve juste à côté. Je remarquai en chemin quelques pancartes d’habitants demandant le silence. Vu le brouhaha des gens, il est tout à fait compréhensible de voir ce genre de panneaux, cependant, ils ne sont pas beaucoup respectés, et de nombreuses personnes se postent même devant pour faire des selfies.

Je voulais me rendre à cette église catholique paroissiale d’Hallstatt, puisqu’une curiosité du village se trouve dans le cimetière, un ossuaire. Il existe depuis le 12ème siècle et abrite 1’200 crânes. 610 ont été peints puis placés selon les liens familiaux et la date du décès y est indiquée.

L’histoire raconte que comme le cimetière était trop petit, les tombes étaient rouvertes  après 10 ou 15 ans et les os retirés. On prenait le crâne afin de le nettoyer, de le blanchir puis de le peindre pour être déposé dans cet ossuaire. Cette pratique s’est terminée en 1995 avec le dernier crâne placé. En effet, de nos jours, il est moins nécessaire de retirer les ossatures en raison de l’augmentation des incinérations. Il vous faudra débourser 1.50 euros afin de pouvoir observer tous ces crânes. En plus du tourisme de masse, on saupoudre tout ceci par un peu de dark tourisme (lieux « touristiques » liés à la mort).

Suite à ceci, il était gentiment 13h et je voulais manger quelque chose. Je me rendis sur la place du marché et m’attabla à une terrasse, mais je découvris vite qu’ils n’acceptent pas les cartes de crédit. Je vous conseille alors d’avoir du cash si vous vous rendez à Hallstatt, puisqu’il y a un ATM, d’ailleurs juste à côté de la place dans la rue principale, mais avec des immenses frais pour retirer.

Je me demandais alors si le village de Hallstatt profite d’un bénéfice du tourisme, l’aspect financier. Hormis les restaurants qui fonctionnent bien (les terrasses étaient bien remplies lors de mon passage), les visiteurs sont plutôt des excursionnistes puisqu’ils ne passent pas souvent la nuit à Hallstatt.

Ayant fait le tour du village, je vis qu’au débarcadère, il y avait déjà une file de personnes qui attendait le prochain bateau. Comme je voyais s’ajouter petit à petit des personnes à cette file, je décidai également de me mettre dans la queue, ne voyant pas l’intérêt de rester plus longtemps à Hallstatt, puisqu’il y est impossible, dans le village, de s’y reposer tranquillement. Le trajet en bateau pour rejoindre la gare fut encore plus joli que l’aller.

Quelles sont les dernières mesures prises ?

En 2019, les villes d’Europe ont fait des efforts particuliers pour gérer à leur manière le problème du surtourisme. En été, Rome a introduit une amende de 250 euros pour s’asseoir sur les marches espagnoles, tout en annonçant son intention de restreindre l’accès à la fontaine de Trévi. À Amsterdam, des interdictions ont été annoncées sur les circuits du quartier rouge et sur les tours « beer bikes ».

Il est toujours difficile de contrer le tourisme de masse d’où la supplication du maire d’Hallstatt que les touristes ne viennent plus si nombreux dans son village. À partir du 1er mai 2020, le nombre de bus autorisés à venir est limité à 54 par jour, ce qui reste quand même beaucoup. Et on ne parle pas des touristes qui arrivent d’eux-mêmes en voiture ou encore par le train et le bateau. C’est une mesure modeste mais qui aura peut-être des bonnes conséquences sur l’afflux de touristes à Hallstatt. Cela, seul l’avenir, nous le dira.

Infos suite au Coronavirus

Aujourd’hui, la crise de Corona a tout bouleversé. Un article du Neue Zürcher Zeitung explique que ce virus a tout changé pour le village autrichien surtout par le fait que les principaux segments de touristes étaient asiatiques. En effet, le calme, sans touristes, est revenu à Hallstatt et ne verra pas de sitôt des groupes asiatiques débarqués par dizaines par jour.

Un extrait (traduit ici) m’a assez interpellée : « De nombreux villageois, qui avaient auparavant souffert de l’agitation, ont déclaré : “Hallstatt nous appartient à nouveau maintenant”. En tant qu’entrepreneur (j’imagine la ville), elle voit également des avantages à ralentir les choses : “C’est une chance de réfléchir fondamentalement au type de tourisme que nous voulons réellement offrir à Hallstatt”. »

Le monde a été durant un certain temps presque immobilisé. Certaines actions, qu’elles soient touristiques ou non, changeront peut-être après que cette situation liée au Covid-19 sera enfin totalement du passé (certes, bientôt un passé mais en aucun cas à oublier !). De nouveau, seul l’avenir nous le dira.

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