J’ai toujours voulu assister à des Olympiades, en effet, grande sportive du dimanche (oui mater le sport à la télévision est un sport à mes yeux) pouvoir assister à une telle compétition serait phénoménal. Puis, deux semaines avant mon départ pour Édimbourg, je découvris un reportage qui parlait des Highland Games. Pendant, une vingtaine de minutes, je restais stupéfaite sur mon canapé devant ce que je voyais à la télévision – non mais qui a idée de prendre un tronc d’arbre et d’en faire une épreuve ? Il fallait absolument que j’aille voir cela en vrai, mais cela partit vite dans un recoin de ma tête avec les dernières finalités avant le départ pour mon échange universitaire.
Cependant, quelle ne fut pas ma surprise, lorsque je vis la liste des évènements de la fresher’s week de l’université, d’y voir apparaître une expédition d’une journée aux Highland Games de Pitlochry. Je ne pus résister à la tentation.
Mais au fait, c’est quoi ces Highland Games ?
Ce sont des jeux ancestraux, originaires des Highlands écossais, qui se déroulent de nos jours dans tout le pays durant la période de mai à septembre. Chaque région organise ses propres jeux, mais l’ambiance et les épreuves restent les mêmes afin de transmettre et célébrer la culture écossaise. Entre sport et culture, à mi-chemin entre athlétisme et concours d’hommes forts, grâce à cet article, vous aurez envie de prendre part à ce bel événement.
Je vais essayer de vous donner un examen approfondi des Jeux des Highlands auxquels j’ai assisté. Les Highland Games sont des évènements reconnus dans le monde entier, organisés non seulement en Écosse, mais aussi à travers le monde, où les diasporas écossaises existent, bien que l’accent de cet article soit mis ici sur l’Écosse, et plus particulièrement Pitlochry. Les événements des Highland Games sont complexes à catégoriser et à conceptualiser étant donné leur nature et leur portée à plusieurs niveaux, englobant une multitude d’activités chacune basée sur des histoires et des traditions locales diverses.
Ces Jeux ont acquis une grande notoriété dans des pays comme la Nouvelle-Zélande, le Canada et les États-Unis, devenant un spectacle culturel dans les communautés locales. L’un des principaux moteurs de la création et de la continuité de ces événements, qui a contribué à maintenir leur présence à l’étranger, est la diaspora mondiale de migrants écossais qui souhaitaient maintenir en vie les traditions, les vêtements, la culture et la musique des Highlands. Cet apport culturel des Écossais, contraints d’émigrer aux 18ème et 19ème siècles en raison des Highland Clearances et d’autres facteurs d’incitation tels que la pauvreté, est toujours très important de nos jours, que ce soit en Écosse ou dans le monde.
En outre, en tant qu’événement, chaque Highland Game est unique par son cadre, son format, son histoire et ses compétitions ! C’est pourquoi la notion de Jeux des Highlands comme combinaison d’un événement communautaire et d’une attraction est une approche plus facile pour comprendre leur raison d’être et leur rôle actuel dans la société écossaise.
D’ailleurs, de par son histoire, on peut en apprendre davantage sur la culture écossaise, puisque ces Jeux sont profondément ancrés dans le passé et sont entourés de folklore et de légendes.
Un peu d’histoire d’abord
Un examen historique est essentiel pour comprendre comment un événement est fortement enraciné dans une communauté qui a conservé sa signification culturelle et sociale sur une longue période, malgré les pressions commerciales.
Il est difficile de déterminer avec précision quand et où les Jeux des Highlands ont eu lieu, car il n’existe pratiquement aucun document, car la plupart des informations relatives aux coutumes et traditions des Highlands ont été transmises de bouche à oreille aux générations suivantes. Une explication de l’origine gaélique des Jeux est qu’ils ont été organisés à Argyll, dans l’ouest de l’Écosse, par une communauté connue sous le nom de « Scotti » qui ont émigré d’Irlande du Nord entre le 4ème et le 6ème siècle après J.-C., apportant avec eux une forme précoce d’athlétisme connue sous le nom de « Tailteann Games » qui s’est poursuivie en Écosse jusqu’en 1180 environ après J.-C.
Une explication populaire parmi les historiens est que l’origine des Jeux remonterait au 11ème siècle et serait attribuée au roi Malcom III d’Ecosse qui organisa une compétition de course à pied afin de recruter le meilleur coureur pour en faire son messager. Puis, petit à petit, les différents clans d’Ecosse décidèrent de se rassembler afin de conclure des accords puis de terminer par des joutes sportives.
Dans les zones rurales, ces événements étaient utilisés pour démontrer des exploits de force avec des compétitions entre agriculteurs ou équipes locales, des rivalités amicales qui augmentaient et renforçaient la cohésion sociale au sein des différentes communautés et procuraient du plaisir aux habitants, aux visiteurs et aux concurrents.
Ce n’est qu’au 19ème siècle, que les Jeux sous leur forme actuelle ont été développés, puisque qu’une loi en 1746, suite à une bataille, vint interdire rassemblements, cornemuses et kilts, de peur de voir les Highlanders se révolter à nouveau.

Selon le programme reçu à Pitlochry, voici plus en détail l’histoire des Jeux de cette communauté :
« Les origines des Highland Games sont cependant perdues dans la nuit des temps et peuvent remonter au 4ème ou 5ème siècle. A cette époque, un peuple celte appelé Scotti traversa la mer d’Irlande à partir du comté d’Antrim et s’installa à Dalriada, l’actuelle Argyll. Ils commencèrent à faire des jeux de course à pied, de course de chevaux et de lutte. Au fur et à mesure que les Scotti se répandaient dans les Highlands, devenant peu à peu connus sous le nom d’Écossais, leurs traditions de jeux se répandaient.
Mais le système de clans qui s’est développé dans les Highlands est également devenu un terrain fertile pour les exploits de force des jeunes guerriers. Au fil du temps, d’autres événements tels que la flûte, le violon et la danse ont été ajoutés. Les événements ont été effectués dans aucun ordre particulier.
Malheureusement, toutes ces manifestations de la culture des Highlands ont été promptement réprimées par le gouvernement de Londres à la suite de la bataille de Culloden en avril 1746, après la défaite des rebelles jacobites qui soutenaient le prince Charles Edward Stuart. Bien que l’acte de proscription ait été abrogé environ 40 ans plus tard, la culture gaélique a été bien mise de côté. Heureusement, les anciennes traditions ont commencé à revenir à la vie écossaise au début du 19ème siècle, encouragées dans une large mesure par l’enthousiasme du célèbre romancier Sir Walter Scott. Les jeux «modernes» tels qu’ils sont connus aujourd’hui à Pitlochry figuraient parmi les premiers en 1852, soit quatre ans après l’approbation donnée par la reine Victoria aux Jeux de Braemar en 1848.
En 1852, lorsque les habitants de Pitlochry (environ 300 habitants à l’époque) décidèrent de lancer leurs propres Jeux des Highlands, ils ne pouvaient pas imaginer que la ville, qui compte maintenant près de 3’000 habitants, accueillerait encore l’événement 167 ans plus tard. Il s’agit bien sûr du 167e anniversaire de la fondation des Jeux ; en fait, il n’y en a eu que 150, suite à l’interruption des Jeux durant les deux guerres mondiales. » Et l’édition de 2019 était, selon les locaux avec qui j’ai parlé, très similaire de la première édition et très proche de l’éthique des pères fondateurs.
De nos jours, la plus grande compétition de sports écossais est celle de Dunoon, nommée Cowal Games, où plus de 3’500 personnes y participent. Cela en fait un événement extraordinaire, cependant, je suis bien contente d’avoir assisté à celui de Pitlochry, moins renommé mais peut-être plus authentique.
Une journée à Pitlochry
Le drapeau écossais flotte un peu près partout autour de nous dans la ville et autour du terrain et je sens les habitants profondément habités par l’envie d’être indépendants. En effet, dans cette localité du Perthshire, quelques stands dans la rue principale appellent à un nouveau référendum surtout avec l’avènement du Brexit. Je laisse traîner mes oreilles n’ayant pas le temps de m’arrêter (je ne veux surtout pas louper le lancer du tronc) et j’entends les partisans à l’indépendance encourager les touristes et les locaux à se renseigner sur l’Ecosse et sur son avenir en tant qu’État peut-être indépendant. Même si j’ai grande envie d’apprendre plus des locaux sur les enjeux du Brexit et d’un possible nouveau référendum pour l’indépendance, je repense à pourquoi je suis aussi en train de marcher dans cette rue… Le lancer de tronc m’appelle… ne sachant pas quel est le programme, je veux être aux premières loges pour le début des festivités.
Après 5 minutes de marche, nous arrivons sur le terrain où se déroulent les festivités. Il s’agit simplement d’un immense champ avec des gradins sur le côté gauche et de l’autre côté, des stands de nourriture locale, mais également des stands de « souvenirs ». Nous achetons le programme de la journée afin de savoir où nous diriger. Le temps reste quelque peu gris (typique du pays vous me direz), mais le soleil fera quelques apparitions durant la journée, toutefois la pluie également. Alors oui, un réel temps britannique est de circonstance.


Nous nous laissons porter par la voix du speaker qui annonce les résultats ainsi que les futures épreuves. Je ressens une grande fierté autour de moi, allant de familles venues encourager leur clan ou encore de simples touristes comme moi venus découvrir un peu plus de cette culture écossaise, certes complétement décalée mais étonnante et qui gagnera les faveurs de mon cœur à la fin de la journée. Je remarque à quel point cet événement est populaire dans la vie locale et on se laisse finalement porter par la jolie mélodie des cornemuses, qui bien que pouvant être agaçante à la longue, reste à mes yeux le principal emblème de cette culture écossaise que j’ai à cœur de découvrir en ce début d’Erasmus.
Les festivités commencent ! Les kilts sont de sortie, obligatoires pour les participants (hormis ceux qui participent aux courses à pied ou celles en vélos). Voici un petit tour des activités que j’ai eu la chance de voir durant cette journée.

Les danses traditionnelles – Highlands dancing
Nous avons assisté à toutes les danses programmées durant la journée, bien que n’étant parfois pas dans les gradins puisque toutes les épreuves se présentaient quasiment en même temps, nous avons préféré rester vers les épreuves dites « fortes ».
Il y a cinq types de danses qui sont toutes nées de légende et sont largement reconnues comme étant parmi les plus complexes et sophistiquées des danses folkloriques du monde.
The Highland Fling

C’est le plus célèbre et la plus ancienne des danses traditionnelles écossaises.
Selon la tradition, les anciens rois et chefs d’Ecosse utilisaient les danses des Highlands pour choisir les meilleurs hommes pour leur suite et les hommes aux armes. Ces danses ont mis à l’épreuve la force, l’endurance, la précision et l’agilité d’un guerrier.
Les anciens guerriers et hommes de clan exécutaient cette danse sur le petit bouclier rond (appelé un targe), qu’ils portaient au combat. La plupart des Targes avaient une pointe d’acier pointue d’environ 5 à 6 pouces de long qui se projetait à partir du centre, de sorte que les danseurs apprenaient tôt à bouger avec beaucoup d’adresse et de dextérité, en effet, un pas faux ou négligent pouvait être plus qu’un peu douloureux.
On dit que la danse a été inspirée par les bouffonneries d’un cerf sur un flanc de colline écossaise et les danseurs en levant les bras imitent les bois de l’animal. Dansée avec vigueur et exubérance, elle est aujourd’hui très stylisée et exige la plus grande habileté technique et l’exactitude du chronométrage.
Elle est devenue la danse classique en solo dans les compétitions de danse moderne et est souvent sélectionnée lors de compétitions pour décider qui sera jugé comme le meilleur danseur Highland de la journée.
Le mot fling est entré dans la langue anglaise pour signifier un temps particulièrement insouciant et heureux ; ce qui n’est pas très représentatif de l’image du « dour Scot », soit un écossais sévère, dur, obstiné ou encore inébranlable.
Seann Truibhas

Cela se prononce « shawn trews » et la traduction littérale du gaélique signifie « vieux pantalon ». Cette danse est réputée pour dater de la rébellion de 1745 que les Highlanders perdirent, et donc n’avaient plus le droit de porter le kilt.
Seann Triubhas est une danse de célébration développée en réponse à l’abrogation par les Anglais de l’Acte de Proscription en 1747, qui redonna aux Écossais le droit de porter leurs kilts et de jouer de la cornemuse.
La première partie de la danse, composée de mouvements gracieux et fluides, est censée se moquer des restrictions imposées par les pantalons étrangers, tandis que le mouvement de la seconde partie dépeint clairement les jambes qui secouent avec défi et se débarrassent du pantalon détesté et reviennent à la liberté du kilt. La danse progresse alors d’un temps lent à un temps rapide comme célébration finale de la liberté redécouverte.
Hullachan

Le Hullachan, pour lui donner son nom gaélique, est une danse à quatre appelée aussi « le Reel o ‘Tulloch », car elle serait originaire du petit village de Tulloch dans le Perthshire. Le ministre était en retard et la congrégation, pour se tenir au chaud, a commencé à danser les Reel Steps et à se balancer dans les bras des uns et des autres dans une allée. Bien que les danseurs dansent à quatre, ils ne sont pas jugés en tant qu’équipe, mais individuellement.
C’est cette danse que j’ai eu le plaisir de voir de face. Sur un joli son de cornemuse les 4 danseuses étaient impressionnantes surtout pour leurs jeunes âges.
Sailor’s Hornpipe

Bien qu’il ne s’agisse pas d’une danse écossaise, celle-ci fait partie de la tradition des Jeux depuis longtemps. Le costume porté est basé sur l’uniforme d’un marin britannique. Le nom vient à l’origine d’un instrument à vent populaire anglais qui était fait de bois ou de corne de bœuf et qui était courant en Grande-Bretagne dans les années 1700. Petit, de fabrication bon marché et ne nécessitant aucune grande habileté à maîtriser, c’était l’instrument préféré du peuple et puis, avec l’espace limité à bord des navires, il est devenu populaire auprès des marins.
Plus tard, le nom de hornpipe s’est attaché à un certain nombre de mélodies d’un style rythmique particulier, jouées à la cornemuse, et plus tard encore, les danses accompagnant ce style sont également connues sous le nom de « Hornpipes ».
Si on observe les pas du danseur, on peut voir clairement que les pas sont liés à des activités navales, telles que grimper les cordes, lever l’ancre, chercher de la terre, saluer le capitaine, etc.
Irish Jig

Une autre importation populaire est le Jig, qui se danse avec un habit traditionnel rouge et vert. Cette danse est une caricature humoristique et un hommage à la danse des pas irlandais. Si elle est dansée par une femme ou une fille, il s’agit soit d’une femme en détresse qui réprimande son mari, soit d’une femme tourmentée par des lutins, soit d’une lavandière qui chasse des garçons (ou des enfants en général) qui ont sali son linge avec le fait que le poing de la femme, soit le symbole qu’elle veut battre les enfants, les lutins ou le mari. Si elle est dansée par un homme ou un garçon, c’est l’histoire de la culotte de cuir de Paddy, dans laquelle une blanchisseuse négligente a rétréci la culotte de cuir de Paddy et ainsi il agite son rasoir vers elle en colère. Que de légendes !
Les épreuves de poids lourds
C’est véritablement l’âme de ces Jeux. Pour certains, les épreuves lourdes peuvent être considérées comme l’incarnation des Jeux des Highlands, bien que d’autres épreuves aient toujours fait partie intégrante des Jeux, comme la course de côte, la danse, la lutte, la musique de cornemuse et parfois des récitals de poésie gaélique.

Les épreuves de poids étaient celles que j’attendais particulièrement pour son lancer du tronc. D’ailleurs, pour la petite anecdote, le baron Coubertin, fondateur des Jeux olympiques modernes, a introduit le lancer de marteau, celui de poids et le tir à la corde après avoir assisté à une démonstration des Highland Games lors de l’exposition universelle de 1889 à Paris. Si on laisse de côté le tir à la corde qui n’est plus d’actualité aux Jeux olympiques, les deux autres disciplines font toujours parties des épreuves de nos jours.
Nous nous regroupons autour du terrain afin d’apercevoir les concurrents pour ces épreuves. Il y a d’abord la compétition pour les locaux qui regroupent 7 hommes et 1 femme et puis, plus tard dans l’après-midi, on retrouvera la compétition ouverte à tout le monde avec des hommes du monde entier.
Naturellement, je trouve tout de suite un favori à supporter. Il est vrai qu’il se démarque immédiatement des candidats en étant le seul dans la vingtaine et potable visuellement. Son nom ? David JNR (pour junior) ! Et oui, junior car daddy participe aussi à la compétition sous le nom de David SNR (pour senior)… Sympa la famille.
Ainsi, durant quelques heures, nous allons voir ces braves personnes s’affronter et représenter leur région, même s’ils sont presque tous de Pitlochry ou du Perthshire. La compétition est simple, chaque personne concourt par épreuve et le meilleur reçoit un prix. Il n’y a pas de classement général, mais à la fin, malgré tout, on élira le meilleur de toutes les épreuves.
Nous trouvons une place assise, juste à côté du terrain pour voir les épreuves s’enchaîner, et ce sous une petite pluie écossaise :
Le lancer du tronc – Tossing the caber
C’est l’événement des Highland Games, ou plutôt c’est la raison pour laquelle je suis à ces Jeux. Enfin je vais assister au fameux lancer du tronc, qui se nomme « tossing the caber » dans le jargon écossais.

Il me faudra les explications d’une charmante spectatrice, peut-être de la famille de David qui sait, pour m’aider à comprendre en détail les spécificités de cette épreuve. Car oui, ce n’est pas qu’un simple lancer de tronc : il y a des règles.
Ce qui est important dans cette épreuve n’est pas la distance du lancer mais au contraire la manière dont cela est réalisé. En effet, les concurrents tentent de retourner un tronc pouvant peser jusqu’à 70 kilos, de manière à ce qu’il retombe à 180 degrés par rapport au lancer. Ainsi, la longueur parcourue par le tronc est complètement secondaire. Ce tronc mesure environ 5,5 mètres (18 pieds).
Le compétiteur soulève le tronc en plaçant ses mains croisées sous l’extrémité la plus étroite, en appuyant sa longueur contre son épaule, puis il court aussi vite qu’il le peut, s’arrête et lance l’extrémité qu’il tient pour qu’elle atterrisse sur le sol et que l’autre extrémité passe au-dessus. La compétition est jugée à l’aide d’un cadran d’horloge imaginaire. Le compétiteur lance son lancer à 6 heures. Il lance le cabré pour qu’il atterrisse au centre du cadran. Un lancer parfait est un lancer qui passe tout droit, avec un léger atterrissage à 12 heures précises.
Enfin, autant vous dire, que je me suis fort divertie à regarder ces personnes lancer des troncs. Atypique pour sûr mais gravé dans les esprits des spectateurs, surtout des touristes.
Le lancer du poids en hauteur – Throwing the weight over the bar
Chaque concurrent doit lancer un poids, qui pèse 56 lb (25,4 kilos), au-dessous d’une barre. Comme pour le saut en hauteur, chaque athlète a le droit à trois tentatives pour chaque hauteur, mais il doit le lancer à l’aide d’une seule main. De loin, nous avons l’impression d’assister à un lancer de grosses patates, car nous n’avons pas une belle vue sur cette épreuve depuis nos places.
Une grande force est requise, bien que cela soit presque démenti par l’attitude très nonchalante adoptée par la plupart des concurrents. Même mon David, assez frêle en comparaison avec ses camarades, lance cette pierre avec une facilité déconcertante. On a l’impression que ce poids est une plume qui passe presque facilement une hauteur de 5m quand on voit ces concurrents si à l’aise. C’est impressionnant !
Le lancer de la pierre – Putting the stone
Traditionnellement, c’était le premier événement du programme des poids lourds, il s’agissait à l’origine d’une pierre lisse du lit de la rivière la plus proche, parfois façonnée par un maçon local. La forme et le poids de ces pierres variaient beaucoup, en particulier celles utilisées pour les tests de résistance, où l’on utilisait des pierres pesant jusqu’à 265 livres (120 kilos) !
Aujourd’hui, le poids de la pierre est soit de 16 livres (7,25 kilos), soit de 22 livres (10 kilos). Le participant doit ainsi projeter cette pierre le plus loin possible et la technique employée est sensiblement identique à celle du lancer du poids, une des épreuves en athlétisme.
Le lancer de marteau – Throwing the hammer
Cet événement représente un ancien concours où de jeunes locaux s’affrontaient pour voir qui pourrait jeter le marteau de forgeron le plus loin. Le lancer du marteau est également une épreuve olympique, bien que le marteau lancé lors des Highland Games soit assez différent de celui que vous trouvez habituellement dans votre cabane à outils. Il consiste en une boule de métal, qui peut peser jusqu’à 22 livres (10 kilos), reliée à un manche en bois. De plus, contrairement aux Jeux olympiques, les athlètes ne sont pas autorisés à tourner en lançant le marteau.
En effet, ils se tiennent plutôt debout, le dos tourné vers le terrain, et font pivoter le marteau au-dessus de leur tête, avant de le faire tourner de 180 degrés et de le lancer aussi loin qu’ils le peuvent. Les athlètes portent également des bottes spéciales, avec de longues lames fixées à la base, afin de s’assurer qu’ils restent bien fixés à cet endroit du sol. Et puis, ce fut David qui remporta cette épreuve.
Lancer de poids – Throwing the weight for distance

C’est la plus gracieuse des épreuves lourdes, combinant rythme et puissance. Le poids est une sphère de fer de 28 livres (12 kg) sur une chaîne avec une poignée à l’extrémité. Il est lancé de derrière un point de référence (« trig » en anglais), avec une course ne dépassant pas 9 pieds (environ 3 mètres). Le lanceur balance le poids sur le côté, puis le fait tourner derrière lui, en laissant le poids traîner aussi loin qu’il le peut. Il valse ensuite une fois, deux fois et au troisième tour, il fait tourner le poids et le lance aussi loin qu’il le peut. Un des principaux enjeux de cette discipline est que le lanceur, ayant pris beaucoup de vitesse en tournant, s’arrête au point de référence en gardant son équilibre.
L’épreuve de la corde – Tug o’ war
Quand je pensais que les Ecossais ne pouvaient plus me surprendre, le temps fut venu de dégainer la corde pour l’immanquable épreuve de tir à la corde. Fou rire garanti mais aussi beaucoup d’admiration pour ces quatre équipes, regroupées par membres de clans qui s’affrontent quand même dans une compétition farouche. Nous étions vraiment aux premières loges puisque nos bancs se situaient en face directe de cette compétition.
C’était un événement olympique jusqu’en 1910, mais il est resté très populaire dans toute l’Écosse, opposant des équipes allant jusqu’à 15 personnes dans une épreuve de force et de tactique très disputée. Pour gagner, une équipe doit tirer ses adversaires vers l’avant de 6 pieds (environ 2 mètres) en utilisant la corde.


Compétition des groupes de cornemuse – Pipe band competition
Durant la journée, on entendait par intermittence des sons de cornemuses, puisqu’il y a effectivement une compétition également pour les divers groupes, qu’on appelle « pipe band » en anglais, de la région.
Le volet musical des jeux consiste en un grand rassemblement de cornemuses. Les orchestres jouent principalement ensemble au début et à la fin de la cérémonie, avec des pièces musicales favorites comme Amazing Grace ou Scotland the Brave.
Autres épreuves
J’avais également entendu parler d’autres épreuves tels le lancer de haggis (plat national écossais) ou encore une compétition de porridge, mais nous ne vîmes pas de cela.
Pitlochry regroupait également des épreuves d’athlétismes tels des courses de 100m, des relais ou encore du saut en hauteur. Des épreuves de cyclisme étaient également organisées. Ces compétitions sont organisées pour les locaux mais pour certaines, des visiteurs peuvent y prendre part, comme pour les courses des mamans et des papas. Les différentes catégories dans ces épreuves sont les jeunes, les adultes et les personnes handicapées.
Réflexion sur ces Jeux – importance de tels évènements pour la propagation d’une culture
Ce fût une journée incroyable et pleine de surprises, pour moi, ne connaissant pas grand-chose à la culture écossaise. Les Highland Games sont un formidable exemple de comment le tourisme peut aider à découvrir une communauté, pourtant il y a quelques problématiques à prendre en compte.
Ce que l’histoire ne nous dit pas, c’est combien coûte les Jeux originaux. Par exemple pour Pitlochry, encore entièrement organisés par des bénévoles non rémunérés, les coûts avoisinent les 40 000 £, dont 35% sont dépensés en prix et trophées. La mise en place du terrain pour l’événement d’une journée, la réinstallation du terrain, le contrôle de la circulation, les toilettes, la location de chapiteaux et les frais des juges représentent encore 33% selon la brochure officielle de l’évènement. Les Pitlochry Highland Games s’autofinancent et dépendent entièrement de la publicité des programmes, des commerçants locaux et du parrainage. La plus grande source de revenus provient des personnes assistant aux Jeux ce jour-là. Si le nombre de spectateurs est inférieur à 5 000, le bilan commence à tomber dans le rouge. Il est clair que les Jeux dépendent beaucoup de la météo également. Heureusement, elle fut plutôt bonne ce jour-là.
Les défis que doivent relever les organisations de jeux à but non lucratif pour poursuivre la tradition écossaisse sont à relever, particulièrement à mes yeux, en étudiant la branche du tourisme. Une des questions particulières qui se posent est la reconnaissance des dangers que représentent les priorités plus commerciales de la gestion des événements pour le riche patrimoine culturel que sous-tend les Highland Games et qui pourrait facilement être négligé par une organisation plus professionnelle.
À Pitlochry, les Jeux sont entièrement organisés par la communauté et non par une entreprise qui cherche naturellement plus le profit que l’envie d’organiser une journée qui tient à cœur culturellement aux Ecossais. Et c’est ce qui en fait le plus grand charme de cette manifestation, car on ressent un investissement local et sincère.
La relation entre le tourisme et les événements sportifs est liée étroitement et m’intéresse beaucoup. C’est d’ailleurs sûrement dans ce domaine, que je souhaite orienter ma carrière. Le rôle de ces événements est souvent considéré comme un catalyseur majeur du développement économique local et national. De ce fait, les origines de la gestion d’événements marquent aujourd’hui un passage d’initiatives communautaires, comme les Highlands Games, à des événements plus professionnels, gérés par des organisateurs d’événements dans le cadre d’une professionnalisation plus large du domaine. Il faut simplement faire attention à garder un héritage et le rôle permanent des communautés locales et des bénévoles qui se dévouent au développement de leur culture. La mise en valeur du patrimoine local et la fierté communautaire sont deux points importants qui doivent se refléter dans l’organisation d’un tel événement (ce qui est le cas à Pitlochry, mais peut-être pas d’en d’autres Highland Games) !
Ainsi, ces Jeux constituent à la fois un enjeu de loisirs local et de tourisme. D’ailleurs, les Highland Games peuvent être classés en quatre catégories selon l’article académique de E. Lothian « Tourism games and the commodification of tradition » que j’ai parcouru pour un rapport dans mon cours de Sport Business Event à Edimbourg. On y voit l’évolution des appellations. D’abord, on peut nommer les Highlands Games comme des « Jeux traditionnels », puis des « Jeux modernes », puis « Jeux de tourisme communautaire » et finalement, « Jeux du tourisme commercial » (traduction de l’anglais au français). C’est la raison pour laquelle, il faut protéger ces Jeux ce qui a été fait par le gouvernement écossais, voyant qu’ils attirent chaque année des visiteurs et des touristes non seulement d’Écosse ou du Royaume-Uni, mais également de l’étranger (j’en suis la preuve).
Grâce à la gestion de VisitScotland (organisme qui s’occupe de la promotion du tourisme écossais) et du gouvernement, qui laissent volontiers les différentes régions organiser leurs propres Jeux tout en les aidant, chacun peut profiter de la culture et du patrimoine écossais qui vaut la peine d’être découvert et mis en avant! Le fait que les Highland Games continuent d’exister en tant qu’événement sportif, culturel et communautaire démontre l’importance des liens historiques et des traditions dans la formation de produits touristiques authentiques et d’expériences uniques pour les visiteurs. Un événement communautaire et touristique puissant qui constitue un foyer de cohésion.
Mais n’oublions pas que tout cela partit d’un simple reportage qui m’interpella à cause du lancer du tronc ! Allez, je vous remets une vidéo:
Grâce à cela, je pus découvrir une magnifique facette du pays qui m’accueillit 4 mois. Ainsi, si vous vous rendez en Écosse, essayez d’assister à des Highland Games, vous ne serez pas déçus ! Promis.