Europe République Tchèque

Escapade en Moravie

Tchèque un peu cette belle région !

La Moravie ? Absolument inconnue au bataillon me diriez-vous. Et pourtant, c’est une magnifique région de la République Tchèque qui mérite de délaisser la vibrante Prague afin d’y faire un détour pour quelques jours.

Passant deux jours à Bratislava, je saisis l’opportunité de découvrir un autre aspect de la Tchéquie puisque la Moravie est située à la frontière slovaque. Cela m’intéressa également par le fait de confronter ces deux pays qui, durant une bonne partie du 20ème siècle, se regroupaient en une seule nation, la Tchécoslovaquie ! L’histoire de ces deux contrées est absolument captivante, surtout de par son passé austro-hongrois puis évidemment par la Seconde guerre mondiale et des conséquences qui suivirent (Pacte de Varsovie).

Pour mieux comprendre la situation du pays, la République Tchèque est formée par les anciennes provinces de Bohême et de Moravie qui constituaient le Royaume de Bohême et le Margraviat de Moravie. Elles faisaient parties du Saint-Empire romain germanique, puis de l’Empire austro-hongrois avant la Première guerre mondiale.

En vert la Moravie tchèque, photo prise ici

De ce fait, nous avions seulement deux jours en République Tchèque pour nous imprégner de la région morave, raison pour laquelle nous avons choisi de rester à Brno puis sur une journée, de partir à la découverte de Olomouc. Des noms de villes dont je n’avais jamais entendu la moindre portée mais qui résonnaient tout à fait en dehors des sentiers touristiques, ce qui permet, à mon avis, une meilleure compréhension du pays, de manière plus authentique.

Naturellement, j’aurais aimé avoir la chance de passer quelques jours de plus afin d’explorer plus en profondeur d’autres villages chargés d’histoire et de cachet tchèque, comme Kroměříž ou Lednice, cependant en si peu de temps, ces deux endroits nous apparaissaient déjà propices à la découverte des environs.

BRNO

Deuxième ville du pays, la beauté de Brno n’est pas vraiment perceptible au premier regard surtout si le temps est couvert. Pourtant après une journée à déambuler dans sa vieille ville, authentiquement tchèque, je fus charmée.

La métropole de Moravie du Sud, fondée vers 1243, est pleine de vie et réunit culture, histoire et vie nocturne sans les hordes de touristes qui surgissent, selfie-stick à la main, de tous les recoins à Prague (bien entendu, pour le moment cliché, les cars remplis d’asiatiques sont naturellement de passage comme dans n’importe quels lieux un tant soit peu jolis).

Se définissant comme une ville étudiante et scientifique, son intérêt est principalement concentré dans la vieille ville qui regorge de bâtiments, fortement marqués par l’histoire, riches d’une grande disparité de styles, mais également quelque peu en retrait du centre-ville, avec la célèbre villa Tugendhat au style fonctionnaliste, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 2001. Brno est également parfois surnommé « la Manchester de la République Tchèque » en raison de son dynamisme industriel.

À peine débarqués à la gare, que celle-ci me fascine surtout avec son apparence digne d’une halte de l’Orient Express et puis, arrivant sur la « place de la gare », je me sens ailleurs, comme si j’avais remonté le temps de quelques décennies. J’ai eu le même effet, deux jours plutôt, lorsque le train en provenance de Vienne nous déposa à Bratislava. Bien que n’étant même pas au stade embryonnaire à cette époque, je me suis toujours fait une idée assez précise de ce que devait ressembler l’Europe de l’Est, principalement suite à mon grand intérêt pour Berlin-Est, l’Union Soviétique et toute la richesse historique du 20ème siècle.

De ce fait, j’ai l’impression d’arriver vingt-cinq ans en arrière, juste après l’indépendance du pays de la Tchécoslovaquie et du bloc de l’Est (invasion par le Pacte de Varsovie en 1968). Soit un avenir plein de promesse et de liberté. Toutefois, encore faut-il réussir à se sortir de cette influence et de cette culture profondément ancrée. Même notre hôtel, situé jusqu’à côté de la gare, le Grandhotel Brno, pourtant construit en 1870, semble avoir été figé depuis les anciennes heures glorieuses soviétiques avec sa structure et son ambiance totalitaire et austère.

Aux premiers abords, je sens les gens fermés, froids et peu enclin à partager ou accueillir des étrangers. Diverses expériences et situations vécues me feront changé d’avis ou renforceront ce sentiment, puisque naturellement cela dépend également de l’énergie que je transmets lors de la prise de contact.

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Baladez-vous simplement dans la vieille ville tchèque pour vous imprégner de son atmosphère vivante et jeune. N’oubliez pas de vous aventurer vers l’ancien hôtel de ville, Stará Radnice, construit en 1240, et de passer sous le « dragon de Brno », emblème de la ville, qui est ni plus ni moins qu’une simple statue représentant un crocodile. Si vous adorez explorer, comme moi, les tours qui permettent également un panorama à 360 degrés, celle de l’ancien hôtel de ville vous conviendra. 

Sur la route pour le château de Špilberk, vous tomberez sur la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul (Katedrála sv. Petra a Pavla), qui domine la ville.  Illustré sur la monnaie de 10 Koruna, c’est un des plus importants lieux du pays.  Sachant que la République Tchèque est un des pays les moins religieux du monde (influence des communistes qui, dès 1948, confisquèrent toutes les propriétés de l’Eglise, de confession catholique), je trouve toujours intéressant que la nation fourmille d’églises et de lieux saints malgré le peu d’intérêt pour ce sujet de la population locale de nos jours.

Pour la petite histoire (on remercie les anecdotes du Routard), ne vous fiez pas à la cathédrale puisque lorsque voilà venu 11h, les 12 coups de midi résonnent. Cela remonte lors du siège de Brno par les Suédois en 1645 (lors de la guerre de Trente Ans), quand le général suédois en chef qui n’en pouvait plus de ce siège qui s’éternisait, décida que ses troupes repartiraient à 12h lors de la dernière attaque si la ville n’était pas conquise. De ce fait, lorsqu’à 11h, ils envoyèrent un boulet qui frappa une des tours de la cathédrale qui brûlera entièrement à cause de cela, le curé eut l’idée d’abuser de ces assaillants en sonnant les 12 coups de midi. Suite à ce subterfuge, les Suédois, respectant leur promesse, se retirèrent et Brno fut sauvée. Dès lors, s’il est midi, ce n’est peut-être que 11h…

J’aurais aimé également visiter le château de Špilberk, perché sur une colline, dont la réputation de lieu de torture de la Gestapo n’est plus à craindre. Je me suis simplement aventurée jusqu’au sommet pour apprécier la jolie vue sur Brno, mais le temps manquait pour la visite du château et de la forteresse qui retrace la sombre histoire des lieux.

Dans les environs, le lac de Brno permet de s’évader dans la nature. De plus, si vous êtes friands des grandes batailles qui sévirent en Europe, le site d’Austerlitz se trouve à quelques kilomètres.

OLOMOUC

Établie comme étant la ville la plus jolie du pays après Prague, je voulais voir de mes propres yeux cette cité au nom très slave. Surnommée « la perle sur le coussin vert », je n’ai pas vraiment réussi à comprendre cette signification. Olomouc peut s’enorgueillir d’un paisible centre historique très vaste et bien préservé, qui comprend un nombre inimaginable de monuments, fontaines, palais et églises (environ 28 !), centré sur deux places imposantes, Horní náměstí (place haute) et Dolní náměstí (place basse). C’est principalement autour de celles-ci que nous avons vagabondé pour nous imprégner de l’atmosphère.

Je dois avouer, que bien qu’étant au début du printemps, il faisait un froid sibérien dans la ville, ce qui nous incita plutôt à nous réchauffer dans un sympathique café que de flâner.

Ayant vu de nombreuses jolies photos de la place haute, je m’attendais clairement à un panorama plus spectaculaire, principalement au niveau architectural. Cependant, de nouveau, le temps ne jouait pas en notre faveur et les rénovations de l’hôtel de ville et la fête donnée pour Pâques juste à côté, enlevaient le cachet au lieu.

Evidemment, ce sont quand même de magnifiques bâtiments et j’eus un réel coup de cœur pour l’édifice bleu vintage qui se trouve être une pharmacie. C’est d’ailleurs à Olomouc, que le jeune Wolfgang Amadeus Mozart, souffrant de la variole, acheva sa 6e Symphonie en fa majeur, et ce à 11 ans !

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Sur la place principale d’Olomouc, le bel hôtel de ville et sa célèbre horloge astronomique vous charmeront. Malheureusement, en rénovation lors de mon passage, sans les échafaudages, le bâtiment est assurément prestigieux.

Pourtant ce qui étonne le plus sur la place haute, est indubitablement cette colonne brute et noircie qui ne respire pas la beauté. Toutefois, la colonne de la Très-Sainte-Trinité figure au patrimoine mondial de l’Unesco puisqu’elle est le plus grand ensemble de statues baroques d’Europe centrale.

Depuis ce lieu, aventurez-vous dans le réseau de ruelles pavées qui entoure les deux places. Vous y découvrirez de magnifiques maisons aux couleurs chatoyantes et vives, mais également de nombreux petits cafés qui méritent un arrêt.

Informations

Transports

Il vous faut compter une heure de train depuis Brno pour arriver à Olomouc. Vous pouvez vous renseigner ici pour les horaires ou les réservations. Cependant, ayant des réductions grâce au travail de mon père, je vais chaque fois au guichet des gares pour prendre un billet, ce qui peut s’avérer plus simple pour l’obtention d’information sur le lieu choisi.

Nous sommes également venus depuis Bratislava en train. C’est une liaison fréquente entre Brno et la capitale slovaque.

Dans les villes, nous nous sommes déplacés principalement à pied ou en tram. C’est un moyen de transport pratique et peu cher.

Vie quotidienne – rite de Pâques

Parcourir ces deux villes permet de découvrir la vie quotidienne tchèque bien plus authentique que cela pourrait se dérouler dans la capitale. D’ailleurs, en nous promenant, je ne faisais que de me demander à quoi servait une sorte de bâton tressé avec un joli ruban coloré, que tenaient la plupart des parents dans la rue. M’imaginant plutôt une sorte de Père Fouettard qu’un simple jouet, j’appris par la suite que c’est objet fait l’office d’une tradition de Pâques en Tchéquie.

Si les costumes traditionnels tchèques ne sont portés que lors de réjouissances, les Tchèques restent attachés à leurs fêtes traditionnelles. La plupart de celles-ci sont un mélange d’élément païens et chrétiens et même s’ils ne sont guère pratiquants, ils apprécient les célébrer.

De ce fait, la fête de Pâques est très importante dans le pays, et plusieurs coutumes l’égaient du vendredi saint au lundi de Pâques. Ainsi, l’objet mentionné en amont est une longue baguette tressée de brins d’osiers frais utilisée par les petits garçons pour aller « fouetter » les jeunes filles afin de leur donner force et vitalité (hum…). Celles-ci se vengent en leur lançant des sceaux d’eau. (et l’on s’étonne des violences conjugales avec ce genre de tradition). Partie intégrante du folklore, cette tradition païenne, nommée Pomlázka, est liée à la fertilité et au renouveau printanier puis fut même encouragée par les communistes.

Bâtons servant à fouetter, photo prise ici

Politique

En dehors des sentiers typiquement touristes, cette région apporte un renouveau à la République Tchèque est permet une meilleure compréhension du pays et de ses coutumes. Cela me permit également de me faire une vague idée du climat politique qui ressort du pays en 2018. Pro-européen quelques années auparavant, le pays prend plutôt un tournant plus conservateur et surtout moins ouvert à l’immigration ce qui éveille dans le peuple tchèque une grande méfiance envers l’UE qui lui a pourtant beaucoup apporté dans les années 2000. Effectivement, la méfiance est un sentiment que nous avons un petit peu senti mais qui bien sûr ne s’étend pas à tout le pays. Il faudra voir dans les prochaines années comment la présidence de Milos Zeman se passe, puisqu’il fut élu pour un second mandat en janvier 2018 et ce qu’il va apporter à ce beau pays. Sachant qu’il soutint activement la candidature et la personnalité de Trump, cela ne me laisse cependant pas avec de grands espoirs !

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