Asie Sri Lanka

Pinnawala Elephant Orphanage : Est-ce un bon environnement pour les éléphants ?

Telle est la question qui fait débat depuis quelques temps sur cet endroit, bien connu des circuits touristiques et où je me suis également rendue lors de mon séjour. En faisant quelques petites recherches avant notre voyage, cet orphelinat paraissait intéressant et fiable, surtout, par le fait qu’il est sous l’égide du gouvernement. Les hôtels aux alentours sont également bien notés sur divers sites (je me fie toujours à Booking.com) et nous avions trouvé justement un hébergement, l’Hotel Elephant Bay, d’où nous pouvions apercevoir les éléphants se baigner dans la rivière.

L’orphelinat fut créé en 1975 par le gouvernement sri lankais afin de recueillir, soigner et protéger les éléphants, l’animal sacré de l’île, errants, victimes de propriétaires malintentionnés, du braconnage ou encore chassés de leur habitat naturel par la déforestation. Implanté dans un parc national, à son ouverture, il comptait seulement cinq éléphanteaux. De nos jours, installé dans le village de Pinnawala, l’orphelinat accueille près de 90 éléphants, mâles, femelles et éléphanteaux confondus.

Ainsi, à première vue, cela paraissait être un endroit fantastique où nous pouvions contribuer positivement au bien-être de ces animaux et puis lorsque l’on entend « orphelinat pour éléphants », il semble que cela devrait être légitime, n’est-ce pas ?

De nos jours, de nombreux voyageurs veulent soutenir des projets qui aident à la protection des animaux et veulent voir des exemples de changements positifs. Mais protection des animaux rime-t’elle avec chaînes ? Cela semble-t-il aller de pair ?

En visitant cet endroit, je me suis posé un nombre incalculable de questions en observant ce qui m’entourait et puis j’ai finalement compris que mes questions viennent de mes attentes et qu’il y a un problème avec cet orphelinat concernant justement la gestion des attentes des visiteurs. Il est indéniable que lorsqu’une personne (ici, un touriste) n’a pas assez d’informations au préalable ou sur place (ce que nous avons ressenti), elle peut être choquée par des conditions inattendues.

Voici, celles qui peuvent interpeller les visiteurs à Pinnawala: 

  • Les éléphants sont souvent enchaînés et les Mahouts utilisent des sortes de bâtons
  • Les éléphants paradent jusqu’à leurs bains pour les touristes
  • Le contact (trop) étroit entre les touristes et les éléphants
  • Ils ne seront jamais relâchés dans la nature

Je vais tenter de vous décrire et d’expliquer chacune de ces conditions avec mes propres ressentis et les recherches que j’ai menées sur le sujet afin d’avoir une vision plus claire de la réalité.

J’ai eu du mal à écrire ce article pour un certain nombre de raisons. D’abord, je ne veux pas donner du poids à la négativité, c’est quelque chose qui a toujours été important pour moi, mais surtout, je ne veux pas rester silencieuse quand je vois de mauvaises choses se passer et ce, particulièrement pour une cause qui me tient tant à cœur.

Mes propos n’engagent que moi, je vous décris ma réalité et je comprends que trop bien que d’autres personnes ne ressentent pas les mêmes choses que moi ; et puis, même en écrivant sur ce sujet, j’ai eu beaucoup de mal à prendre une réelle position (est-ce bien ou mal ?) sur cet endroit, mais cela sera dans la conclusion…

Les éléphants sont souvent enchaînés et les Mahouts (ceux qui s’en occupent) utilisent des sortes de bâtons

  • Les mâles doivent être séparés en particulier durant la période dite « musth » lorsqu’ils deviennent sexuellement agressifs.
  • De plus, dans la nature, les mâles adultes quittent le troupeau lorsqu’ils atteignent la maturité sexuelle.
  • Les femelles sont aussi parfois enchaînées parce qu’elles peuvent être agressives lorsque le moment de prendre la tête du troupeau intervient puisque chez les éléphants, c’est la femelle qui dirige la troupe.
  • Finalement, les éléphants nouvellement recueillis à l’orphelinat devraient être « entraînés » afin de s’adapter à leurs congénères et ne pas s’en prendre à eux lors de la baignade.

Voici quelques explications qui peuvent découdre de la mise de chaînes aux éléphants, pourtant rien de cela n’est expliqué durant la visite de l’orphelinat.

Ainsi, lors de notre visite, nous avons vu plusieurs éléphants enchaînés à différents endroits de la rivière. L’un d’eux, en particulier, essayait de casser la chaîne et semblait visiblement affligé de ne pas pouvoir être avec le reste du troupeau. Assister à ce triste spectacle sans donner aucune explication sur l’origine de la chaîne ou de l’isolement de l’éléphant, nous fit partir bien plus rapidement que les nombreux touristes, obsédés par l’idée d’avoir la photo parfaite de ces beaux pachydermes.

J’ai ainsi fait quelques recherches sur les conditions des éléphants à Pinnawala et je suis tombée sur une interview d’un bloggeur (nombreux sont ceux payés par le gouvernement pour parler de cet endroit) avec un assistant conservateur. Voici ce qu’il déclare face aux critiques faites sur les chaînes (traduction établie de l’anglais au français) :

La plupart des gens qui viennent à l’orphelinat critiquent le fait que nous enchaînons et que nous faisons du mal aux éléphants. Mais au Sri Lanka, apprivoiser les éléphants est une histoire vieille de milliers d’années. Nous avons donc une méthode traditionnelle pour contrôler les éléphants et nous utilisons des chaînes en fer et en acier pour enchaîner les animaux. Il y a quelques raisons à cela. Si nous utilisons des câbles ou des cordes, cela coupe dans la chair et ce n’est pas une meilleure façon de manipuler les éléphants. Mais la chaîne a des boucles et elle ventile les peaux et la conductivité thermique est supérieure à celle des autres articles synthétiques, donc la chaîne est la meilleure façon et c’est très solide. »

Même avec ces explications, je ne peux m’empêcher de penser que c’est cruel. N’y aurait-il vraiment pas d’autres alternatives que ces chaînes ?

Au début, je me suis dit qu’une de ces alternatives serait cette sorte de bâton qu’ils ont avec eux pour diriger les éléphants vers l’endroit souhaité. Mais de nouveau, je n’arrive pas à concevoir l’utilité de cet objet quand je l’examinai de plus près. Cet outil traditionnel de dressage est en fait un long bâton avec une pointe métallique pointue à l’extrémité. Selon les dires des Mahouts, il sert à contrôler l’éléphant en cas de débordements.

Cette photo a été prise sur Tripadvisor.

Cependant, en voyant les éléphants un peu effrayés par cet objet, nous interpellâmes notre chauffeur face à cela. Il déclara simplement que les Mahouts l’utilisent comme menace et que l’éléphant, très intelligent (ceci est un fait), comprend qu’il ne doit pas désobéir…

Cela a une certaine logique, je l’accorde, mais l’éléphant n’est pas un animal domestique que l’on dresse dans notre société. C’est un animal à l’origine sauvage, qui de plus, est recueilli dans un orphelinat suite à de la domestication ou encore a de la maltraitance sauvage. Ces animaux devraient avoir l’opportunité de se reposer dans un cadre agréable sans devoir courir dans tous les sens pour les simples beaux yeux d’un touriste. Cela m’amène au second point.

Les éléphants sont paradés jusqu’à leur baignade pour les touristes.

Deux fois par jour, les éléphants descendent une longue rue afin d’arriver à la rivière pour se baigner. C’est l’attraction phare de l’orphelinat ! En effet, pendant une dizaine de minutes, la route entre l’orphelinat et la rue menant à la rivière est fermée afin de laisser passer ce grand troupeau d’éléphant allant se baigner. Nous avons assisté à cela lors de notre arrivée à Pinnawala, lorsque nous attendions d’accéder à notre hôtel… pour résumé, ce fut un bon gros bordel !

En conséquence, en tant que touristes, nous ne pouvons pas accéder à cette rue sans avoir payé l’entrée de l’orphelinat. De plus, tout au long de la rue, des boutiques de souvenirs se succèdent jusqu’à arriver à un bel hôtel qui donne directement sur la terrasse, où, nous touristes, nous allons nous positionner afin de regarder les éléphants se baigner soi-disant en liberté.

L’éléphant a besoin de se baigner, de se sentir propre, mais a-t’il besoin de nous tous, à le mitrailler avec nos appareils photos ?

Au bout de 30 minutes, nous décidâmes de partir, alors que les touristes peuvent observer les éléphants, voir même aller les caresser moyennant encore quelques billets avec les Mahouts, pendant une 1h30. Notre chauffeur ne comprit pas vraiment pourquoi nous voulûmes partir mais il décida de nous emmener dans une de ces boutiques de souvenirs le long de la rue interdite en dehors des heures de baignade.

Réticentes à l’idée de dépenser encore de l’argent, nous fûmes au contraire surprises (en bien) par ce que nous découvrîmes. L’arrière-boutique est en fait une sorte de petit atelier-musée où nous pouvons comprendre que les excréments des éléphants sont transformés en papier. Et oui, récoltées et surtout traitées (un processus assez long, dont vous pouvez retrouver les informations ici), les déjections d’un éléphant permettent de fabriquer du papier, et un de qualité en plus, dont une partie des bénéfices va à la Société mondiale pour la protection des animaux dans le but de financer la protection des animaux. Il s’agit de l’entreprise Maximus. Des ateliers de cette compagnie peuvent se visiter dans tout le Sri Lanka.

Une carte postale faite en excréments d’éléphants

Il y aurait trop de contacts entre touristes et éléphants

Premièrement, le contact physique entre les touristes et les animaux peut être une occasion populaire de prendre des photos. C’est aussi comme ça que j’étais, je voulais avoir une photo avec ce bel animal, pas nécessairement ma personne à côté de lui, mais je voulais le photographier de près, l’observer car cet animal me fascine depuis toute petite. Pourtant, suite à ma visite, j’ai dorénavant l’impression que c’est dégradant pour les animaux et que cela ne favorise pas le respect et la compassion chez les touristes.

Une autre attraction phare de l’orphelinat est de pouvoir nourrir les éléphanteaux orphelins de mère au biberon. Moyennant un peu d’argent en plus que le prix d’entrée, un ticket donne l’occasion au touriste d’approcher le bébé et de lui verser durant quelques secondes du lait dans la bouche. En observant les gens se battre pour être le premier ou la première à donner le biberon lorsque j’attendais mon tour, je ne pouvais que ressentir un sentiment de spectacle, de cirque. Aucune information n’est donnée sur la nécessité du bébé d’être nourrit au lait ou encore les circonstances de sa venue à l’orphelinat. Nous nous sommes même demandées si les éléphanteaux n’étaient pas expressément non nourris afin de satisfaire les touristes dans cette action…

Ils ne seront jamais relâchés dans la nature

Depuis 1975, de nombreux éléphants sont nés en captivité et malheureusement, ne sauraient pas comment se débrouiller, seuls, en dehors de l’orphelinat. Ils n’ont jamais appris à chercher de la nourriture ni à devoir se protéger de prédateurs.

Et puis, si on relâche les pachydermes dans la nature, en ayant vécu avec des humains, et surtout en ayant été nourris plusieurs fois par jour par eux, ils iraient directement rendre visite aux premières habitations trouvées, à la recherche de nourriture ce qui pourrait blesser les habitants ou encore les blesser, eux, suite à la réaction des gens en signe de protection.

Avant de conclure sur cet orphelinat, j’ai encore quelques faits à mettre en avant concernant l’aspect trop touristique et économique de l’endroit. N’appréciant clairement pas la manière dont les animaux sont traités, je me suis quand même demandé pourquoi Pinnawala dépend-elle autant des touristes ?

L’orphelinat s’occupe de près de 90 éléphants qu’il faut nourrir, plusieurs fois par jour. Chacun de ces éléphants mange entre 100 à 150 kg de nourriture par jour et boit environ 40 litres d’eau. Les éléphanteaux ont besoin d’être nourris au lait 5 fois par jour !

C’est beaucoup de lait et une quantité folle de nourriture, principalement composée d’herbe, de fruits et de plantes. Ainsi, pouvons-nous imaginer le coût total de tout cela, et combien d’argent cela coûte de diriger un endroit comme celui-ci ? C’est la raison pour laquelle, l’argent des touristes est important pour aider à payer cette énorme facture alimentaire quotidienne et pour payer le personnel qui travaille avec les éléphants et s’occupe d’eux.

De ce fait, cela ne me dérangea absolument pas de payer une somme, certes élevée, mais encore relativement bon marché en se renseignant sur les besoins des animaux. Pourtant, je ne peux encore que me sentir déçue de ne pas avoir été informée sur cela lors de la visite.

Devriez-vous visiter Pinnawala Orphanage ?

C’est à vous de décider. Si j’avais eu beaucoup plus d’informations à ce sujet, je suppose que je ne l’aurais clairement pas visité, bien que je pense sincèrement, quoique peut être naïvement également, que les éléphants ne sont pas exploités pour de l’argent. J’espère simplement que le bien-être des éléphants est leur priorité numéro une. Toutefois au cœur de mes préoccupations légitimes, il me vient simplement à l’esprit que le tourisme peut aider la conservation d’un endroit comme celui-ci, cependant dans de bien meilleures conditions.  

J’étudie depuis un an la branche du tourisme, mais je vois tellement cet aspect de faire du profit qui me dérange dans cette branche, que l’aspect humain (donc êtres vivants) est, malheureusement, souvent mis de côté. Pourtant, cela devrait être le premier pris en compte. Cependant, pour financer de bons endroits pour les animaux, le tourisme est nécessaire, et pour assurer ce tourisme, il y a nettement de nombreux changements à effectuer dans la façon dont la conservation est pratiquée à Pinnawala.

Le manque d’éducation des touristes face à ces animaux ou à ces projets de conservation est flagrant. J’en étais d’ailleurs la première mal informée. Un site comme Pinnawala, sous l’égide du gouvernement de plus, devrait informer ses visiteurs quant aux besoins des éléphants ou encore sur les apparences qui pourraient mettre le touriste mal à l’aise (l’utilisation des chaînes par exemple).

De plus, les conditions de vie, de traitement, etc. pourraient être de bien meilleures qualités en atteste l’exemple suivant.

La meilleure alternative à Pinnawala

Nous avons découvert au cours du voyage, un autre endroit où nous avons ressenti de merveilleuses ondes quant à la condition des éléphants. Il s’agit de l’Elephant Home Transit, une annexe au parc national d’Udawalawe.

Selon notre chauffeur, cet éléphant vit solitairement dans le parc mais adore voir les voyageurs passés en voiture.

Cette partie du parc accueille les bébés éléphants sauvages qui ont été séparés de leur mère et s’occupe de les nourrir jusqu’à ce qu’ils puissent être remis dans la nature.

En fait, les jeunes animaux passent leurs journées à errer librement dans une section du parc, observés à distance par quelques chercheurs. Ils sont nourris toutes les trois heures dans une aire d’alimentation spécialement construite à cet effet, et c’est la seule fois qu’ils peuvent être vus par les touristes, qui les guettent depuis une plateforme d’observation séparée de la cour.

À aucun moment le touriste ne peut avoir de contact physique avec l’animal. Les éléphants sont rassemblés dans la cour par le personnel qui les touche parfois avec des bâtons minces qui ne cassent pas la peau (et, à en juger par la fréquence à laquelle ils sont ignorés par les éléphanteaux, ne causent qu’un inconfort minimal) afin de les discipliner un petit peu.

L’observation des éléphanteaux, à l’heure des repas, est très populaire auprès des habitants et des touristes. On ressent les animaux enthousiastes, détendus et pleins de caractère. En attendant l’heure du repas, le visiteur peut se promener dans l’espace mis à disposition où des informations à propos des éléphants sont mises en avant sous la forme d’un musée. L’entrée est naturellement payante mais n’équivaut pas à celle de Pinnawala. Le but de ce projet, également sous l’égide du gouvernement, plus spécifiquement sous le département de la conservation de la vie sauvage, est d’avoir des donations ainsi que des parrains (un seul par éléphant) qui aident à la préservation et au bien-être de cet endroit. Leur site internet est très bien réalisé et permet une pleine compréhension de ce beau projet.

Avez-vous déjà visité un endroit où l’éthique du lieu ne vous a pas vraiment plue ? Je voudrais volontiers avoir vos avis. 🙂

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