Asie Autour du monde Ouzbékistan

72h à Khiva, la perle de l’Ouzbékistan

Parmi toutes les villes que nous avons découvertes lors de notre voyage en Ouzbékistan, Khiva a été notre véritable coup de cœur. Dans notre imaginaire, Samarcande et Boukhara, apparaissaient comme les étapes incontournables. Pourtant, dès le passage des remparts d’Itchan Kala, la vieille ville fortifiée, nous avons compris que Khiva était différente.

Nous y avons passé trois jours, à flâner dans ses ruelles de terre ocre, à admirer ses minarets recouverts de faïences turquoise et à profiter de son atmosphère unique. Plus qu’une ville-musée, Khiva donne réellement l’impression de voyager plusieurs siècles en arrière. Pour nous, c’est tout simplement la plus authentique (et préservée des touristes) des villes ouzbeks sur la Route de la Soie.

Khiva, une cité sortie des Mille et Une Nuits

Située dans la région historique du Khorezm, à l’ouest de l’Ouzbékistan, Khiva fut pendant des siècles une étape importante sur la Route de la Soie. Avant de traverser les grands déserts vers la Perse, les caravanes faisaient halte dans cette oasis prospère. 

Aujourd’hui encore, l’entrée dans Itchan Kala, la ville intérieure fortifiée, procure une émotion particulière. Derrière ses puissants remparts de briques se cache un véritable musée à ciel ouvert composé de mosquées, médersas, palais, mausolées et caravansérails remarquablement préservés. 

Contrairement à certaines villes historiques parfois envahies par le tourisme, Khiva conserve une ambiance paisible. Tôt le matin ou au coucher du soleil (surtout si vous y venez en août comme nous lorsqu’il fait très chaud), les ruelles presque désertes prennent des teintes dorées magnifiques qui éblouissent les promeneurs et promeneuses. Khiva n’est point une ville, mais un spam de bleus célestes dans un écrin de beige.

Trois jours peuvent sembler beaucoup pour une ville relativement compacte, mais nous ne les avons absolument pas regrettés.

Khiva se découvre lentement. Il faut prendre le temps de s’arrêter, d’observer les artisans au travail, de monter sur les remparts au coucher du soleil ou simplement de déambuler sans but dans les ruelles silencieuses.

Chaque heure de la journée transforme l’ambiance de la ville. Le matin, les premiers rayons illuminent les faïences bleues. À midi, les contrastes entre le ciel azur et les murs d’argile sont saisissants. Puis, au crépuscule, Khiva devient presque irréelle.

Que visiter à Khiva ?

L’ensemble historique d’Itchan Kala, entouré de murailles de près de 10 mètres de haut, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1990. Au fil de nos promenades, plusieurs monuments nous ont particulièrement marquées.

Impossible de manquer ce minaret inachevé devenu le symbole de Khiva, qui signifie “minaret court” en français. Avec ses carreaux turquoise éclatants et sa silhouette trapue, il est probablement l’édifice le plus photographié de la ville. Initialement destiné à devenir le plus haut minaret d’Orient, il n’a jamais été achevé, ce qui contribue aujourd’hui à son charme unique. 

A mes yeux, il semble que la ville a été construite autour de ce symbole. On le voit de presque partout, et à chaque regard, il m’hypnotise. D’ailleurs pour un délicieux repas avec vue sur le minaret, rendez-vous au Terrassa. Pensez à réserver au plus tard deux jours avant pour une table avec vue.

Du haut de ses 56,6 mètres, il domine toute la vieille ville et offre l’une des plus belles vues d’Ouzbékistan. Depuis son sommet, on découvre un impressionnant panorama de coupoles turquoise, de remparts et de toits de terre qui semblent s’étendre à l’infini. Nous avons privilégié la vue au coucher du soleil afin de voir la golden hour ouzbek.

La montée constitue une petite aventure en soi (surtout en tongs…): l’accès est raide, les marches très hautes pour mes petites jambes (oui, les marches sont beaucoup plus hautes que des escaliers ordinaires), c’est étroit, et ne comptez pas sur des escaliers lisses et confortables. Nous grimpons littéralement à quatre pattes. La vue se mérite, et celle-ci est naturellement sublime. Les contrastes sur les coupoles et toits en pisé à la lumière rasante du soir nous laissent béates d’admiration.

Cette mosquée est l’une des plus originales du pays. Son immense salle de prière est soutenue par des centaines de colonnes en bois sculpté, dont certaines remontent à plusieurs siècles. Ici, pas de coupoles, pas d’arc. L’atmosphère y est particulièrement mystérieuse et humide, lors de fortes chaleurs. 

Ancienne résidence des souverains de Khiva, la citadelle de Kounya Ark permet de mieux comprendre la puissance qu’exerçait autrefois le khanat de Khiva sur cette région du désert. Les palais, les cours intérieures et les salles de réception témoignent encore du raffinement de cette époque qui était autrefois un centre majeur de savoir et d’enseignement en Asie Centrale.

Pour un supplément de 6 CHF, il est possible d’aller sur la tour de la forteresse. La vue y est splendide, même si le coucher de soleil ne rivalise pas avec celui dont nous avons été les témoins au sommet du minaret.

Sortir des murailles pour découvrir le palais de Nurullaboy 

Parmi les découvertes qui nous ont le plus surprises figure le palais Nurullaboy, situé dans la partie extérieure de Khiva, au-delà des remparts historiques. Moins connu que les monuments d’Itchan Kala, il mérite pourtant largement la visite. 

Construit au début du 20ème siècle pour le dernier khan de Khiva, le palais témoigne d’une période charnière où les influences russes et européennes commençaient à se mêler à l’architecture traditionnelle locale. En effet, dès l’entrée, le contraste avec les médersas et les palais traditionnels de la vieille ville est saisissant. Derrière ses façades orientales (et sous une clim bienvenue) se cachent des intérieurs richement décorés. Nous naviguons entre plafonds peints, miroirs vénitiens, lustres en cristal, cheminées en céramique et salons façon empire russe ; un joyeux mélange qui donne l’impression de passer des Mille et Une nuits à la cour des Romanov.

La salle du trône est particulièrement impressionnante. Elle reflète le faste de la cour des derniers khans et permet d’imaginer les réceptions diplomatiques qui s’y déroulaient à une époque où Khiva tentait de s’ouvrir progressivement au monde moderne. 

Comprendre la soie: entre découverte authentique et démarche commerciale

Comme on ne perd jamais le fil (!), nous nous sommes rendues dans un atelier de fabrication de tapis en soie, que nous avons découvert par hasard, au détour d’une ruelle : le Khiva Silk Workshop.

Bon… pour être honnêtes, ce n’est pas là-bas que nous avons appris comment on passe du bombyx au foulard. On nous explique simplement et rapidement que les couleurs viennent de fruits et légumes (très intéressant) et que surtout, cela prend un temps fou pour réaliser une pièce (un tapis donc) : pour faire deux mètres de tapis, il faut environ un an de travail, à raison de 1 cm par jour. Un travail d’une patience et d’une minutie spectaculaire. Nous observons leurs doigts filer à toute allure, créant des motifs hypnotisants en soie et là, je réalise vraiment le prix de l’artisanat. Et puis, coup de chance, une tisseuse termine son tapis devant nous. Elle coupe les fils, comme si de rien n’était… soit 12 mois de boulot clos en deux secondes. Elle ne bronche pas, mais nous, nous avons la gorge un peu serrée, devant ce travail humble.

On repart fascinées de l’atelier, mais pas plus cultivées sur la soie. De ce fait, direction le musée de la soie du Khorezm. Un musée privé (entrée de 3 dollars) qui nous laisse une impression contrastée. 

D’un côté, la visite est intéressante et permet de découvrir les différentes étapes de fabrication de la soie, du cocon jusqu’au tissage, tout en mettant en valeur un savoir-faire ancestral intimement lié à l’histoire de la Route de la Soie (la soie était carrément à une époque la monnaie officielle à Khiva). D’un autre côté, il faut reconnaître que l’expérience est largement orientée vers la vente. Après les démonstrations, les visiteurs et visiteuses sont systématiquement invités à découvrir les produits fabriqués sur place : foulards, étoles, vêtements et autres pièces textiles. On comprend rapidement que l’objectif est aussi commercial.

Cependant, il serait injuste de ne voir le lieu que sous cet angle. Les démonstrations sont assurées exclusivement par des femmes, qui perpétuent des techniques artisanales transmises de génération en génération. Dans une région où les opportunités professionnelles peuvent être limitées, la vente de ces créations constitue souvent une source de revenus essentielle pour elles et leurs familles. C’est également un moteur d’apprentissage de la langue anglaise pour elles. Cet aspect humain apporte une dimension supplémentaire à la visite; et ma comparse de voyage se retrouva à créer son propre foulard en soie pour 25 dollars. 

Assister à un atelier de fabrication du pain ouzbek

Parmi tous les souvenirs que nous rapportons de Khiva, l’un des plus marquants n’est finalement ni un monument, ni un palais, mais un simple pain.

Nous avons eu la chance de participer à un atelier de fabrication du pain ouzbek, le célèbre non ou lepeshka, omniprésent sur les tables du pays. Et ce fut une expérience simple mais absolument géniale.

Accompagnées par des habitantes de Khiva, nous avons découvert toutes les étapes de préparation. Après avoir pétri la pâte, nous avons appris à lui donner sa forme caractéristique : ronde, légèrement bombée sur les bords et décorée au centre grâce à un tampon traditionnel. Ce motif n’est pas seulement esthétique ; il permet également au pain de cuire uniformément.

Le moment le plus impressionnant reste sans doute l’enfournement. Les pains se collent directement sur les parois brûlantes du tandir, le four traditionnel en argile utilisé dans toute l’Asie centrale. Le geste paraît simple lorsqu’il est réalisé par des expertes, mais semble en réalité beaucoup de pratique (nous ne pouvons pas le faire nous-même).

Quand les pains ressortent du four, encore chauds et dorés, l’odeur est irrésistible. Rien à voir avec un simple cours de cuisine: c’est une véritable immersion dans le quotidien ouzbek et une façon privilégiée de découvrir l’hospitalité légendaire des habitants et habitantes.

Au-delà de l’aspect gastronomique, cet atelier nous a permis de partager un moment authentique avec les locaux qui perpétuent ces traditions culinaires. Entre les éclats de rire, les gestes transmis avec fierté et la dégustation finale autour d’une tasse de thé et de bonne confiture de melon (fruit national, en passant), cette activité restera sans aucun doute comme l’un des temps forts de nos trois jours à Khiva.

Car c’est aussi cela qui rend cette ville si attachante : au-delà de ses magnifiques monuments et de son histoire fascinante, elle offre encore de nombreuses occasions de rencontrer les habitants et habitantes en découvrant un art de vivre resté profondément ancré dans les traditions.

Les tarifs à Khiva : un bon rapport qualité-prix

L’un des grands avantages de Khiva est que les visites restent relativement abordables par rapport à la richesse du patrimoine proposé.

Le billet d’entrée principal d’Itchan Kala donne accès à la majorité des monuments de la vieille ville : médersas, mosquées, palais, musées et remparts. Il permet notamment de visiter la mosquée Juma, la forteresse Kounya Ark, plusieurs médersas historiques ainsi que différents musées installés dans les bâtiments historiques. Les tarifs évoluant régulièrement. Je vous conseille de vérifier les prix actualisés sur place, mais le pass reste généralement l’une des meilleures affaires culturelles d’Ouzbékistan. Nous avons pris un pass pour 2 jours qui nous a coûté, chacune, 120’000 soms (environ 7.70 CHF / 8 euros).

Certaines attractions majeures peuvent nécessiter un supplément. C’est notamment le cas du minaret Islam Khodja, dont l’ascension est payante en complément du billet général (comptez 100’000 soms supplémentaire par personne). Pourtant, la vue panoramique sur l’ensemble des coupoles et des remparts de Khiva justifie largement cette dépense supplémentaire.

Le palais Nurullaboy, situé en dehors d’Itchan Kala, possède généralement son propre ticket d’entrée. La visite est un peu plus coûteuse (15 dollars pour deux en août 2025) que certains monuments de la vieille ville, mais elle offre une expérience totalement différente. 

Les forteresses du désert : un voyage encore plus loin dans le passé

L’une des excursions les plus fascinantes au départ de Khiva est celle des célèbres forteresses du désert du Khorezm. Souvent appelées Elliq Qala, cela signifie « les cinquante forteresses ». 

Personnellement, j’avais l’impression d’être dans Prince of Persia, à la recherche de ces ruines monumentales, puisque disséminées dans les paysages arides du Kyzylkoum et du Karakalpakstan. Elles constituent les vestiges d’un ancien royaume qui prospérait dans cette région il y a plus de deux mille ans. 

Aujourd’hui, seules certaines de ces forteresses subsistent, mais leur taille impressionnante laisse imaginer la puissance des civilisations qui occupaient autrefois ces terres. 

Nous avons réservé cette excursion sur Booking et avons eu la chance d’être accompagnées par Sukhrab (+99 890 437 07 37), à la fois chauffeur et guide anglophone. Ce fut une excellente expérience. Passionné par sa région et son histoire, il ne se contente pas de conduire d’un site à l’autre : il partage avec enthousiasme ses connaissances et répond à toutes les questions.

Au fil de la journée, nous avons également beaucoup appris sur la vie quotidienne en Ouzbékistan. Nos échanges ont permis de mieux comprendre l’évolution de la société ouzbèke au cours des dernières décennies, mais aussi les différences parfois marquées entre les grandes villes et les zones rurales.

Sukhrab nous a également éclairées sur le Karakalpakstan, cette vaste région de l’ouest du pays (où les forteresses sont situées) qui bénéficie d’un statut particulier de république autonome. Grâce à ses explications, nous avons pu mieux saisir l’identité propre de ce territoire, son histoire, sa culture et les défis auxquels il est aujourd’hui confronté.

Nous avons également mieux compris notamment pourquoi et comment le coton a façonné ce pays (merci Staline…) et comment la mer d’Aral a disparu, victime d’une des pires catastrophes naturelles modernes. Lors de l’établissement de notre itinéraire, nous avions hésité à nous rendre à la mer d’Aral (enfin ce qu’il en reste), toutefois, la distance était trop grande. Plusieurs vidéos sur Youtube, vous permettent de comprendre les enjeux du coton en Ouzbékistan.

Ayaz Kala est, à mes yeux, la plus spectaculaire des forteresses du désert. Majestueusement perchée sur son promontoire, elle domine les immenses étendues arides du Khorezm et semble défier le temps depuis plus de deux millénaires. Le site regroupe plusieurs forteresses construites sur les hauteurs, dont les plus anciennes remontent au IVᵉ siècle avant notre ère.

Face à ces murailles de terre ocre qui se découpent sur l’horizon, on comprend immédiatement l’importance stratégique de l’endroit. La vue sur le désert environnant est saisissante et renforce encore l’impression de se trouver au cœur d’une civilisation disparue. Le silence est total et l’on ressent véritablement l’isolement de ces anciennes citadelles. C’est sans doute l’un des sites archéologiques les plus impressionnants que nous ayons visités en Ouzbékistan.

Ancienne capitale du royaume du Khorezm, Toprak Kala fut une cité importante entre le 1er et le 3ème siècle. Des fouilles archéologiques y ont révélé des palais, des salles de réception et de nombreuses œuvres d’art témoignant du raffinement de cette civilisation. 

C’est également lors de cette étape que nous avons vécu une petite péripétie : le pneu de notre véhicule a éclaté en plein désert. Nous avons donc dû patienter pendant que notre guide effectuait les réparations, en cherchant désespérément un peu d’ombre dans un paysage où elle se fait rare.

Cette mésaventure nous a rappelé à quel point les conditions peuvent être exigeantes dans cette région. Selon la période de votre visite, les températures peuvent grimper très rapidement et le soleil devenir écrasant. Nous vous recommandons donc d’emporter une grande quantité d’eau, un couvre-chef, des lunettes de soleil ainsi qu’une bonne protection solaire. Dans le désert du Khorezm, le soleil ne fait aucun cadeau.

Puis finalement, direction la dernière citadelle du désert. Partiellement restaurée, cette forteresse permet de mieux visualiser l’aspect qu’avaient autrefois ces imposantes constructions de terre. Son architecture défensive impressionne encore aujourd’hui.

Sur le trajet du retour, notre guide a fait un petit détour pour nous montrer un vaste plan d’eau où les habitant.es de la région viennent se rafraîchir pendant les fortes chaleurs estivales. La halte n’était pas la plus mémorable de la journée, mais elle a tout de même offert un aperçu du quotidien local.

Nous avons également eu l’occasion de traverser Ourguentch, la principale ville de la région, incontournable pour rejoindre Khiva. C’est d’ailleurs là que notre guide nous a réservé une dernière surprise: un arrêt chez un vendeur de rue réputé pour ses somsa traditionnels, ces délicieuses chaussons garnis cuits dans un four en terre.

Offerts par notre guide, ils étaient tout simplement excellents. Croustillants à l’extérieur, généreusement garnis et encore chauds à la sortie du four, ils ont constitué une conclusion parfaite à cette journée déjà riche en découvertes. 

Pourquoi Khiva nous a tant séduites

Samarcande impressionne par sa grandeur. Boukhara charme par son authenticité liée à la Route de la Soie. Mais Khiva possède quelque chose de plus rare : une atmosphère.

Tout semble harmonieux. Les monuments sont concentrés dans un espace à taille humaine, les couleurs sont magnifiques et l’on se sent constamment plongé dans l’histoire.

Ajoutez à cela les paysages grandioses des forteresses du désert, témoins silencieux d’un passé vieux de plus de deux millénaires, et vous obtenez l’une des plus belles expériences de voyage d’Asie centrale. 

Après ces trois jours, nous avons quitté Khiva avec un pincement au cœur. S’il ne fallait retenir qu’une seule ville d’Ouzbékistan, ce serait sans hésiter celle-ci : une cité magique, hors du temps, qui nous a offert nos plus beaux souvenirs du pays.

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