Entre Noël et Nouvel An 2025, nous sommes partis de Paris pour découvrir un coin de France que je ne connaissais pas encore : la Normandie. Plus précisément, une portion de son littoral qui m’attirait depuis longtemps, la célèbre côte d’Albâtre.
Entre ciel changeant et mer d’un bleu parfois gris perlé, la côte d’Albâtre s’étire sur près de 140 kilomètres, du Tréport en Seine-Maritime jusqu’au Havre, marquant la frontière naturelle entre terre et Manche. Cette longue frange de falaises crayeuses, parmi les plus hautes d’Europe, atteint par endroits plus de 100 mètres de hauteur.
Sculptée depuis des millénaires par l’érosion, elle doit son nom à la blancheur de sa roche, semblable à de l’albâtre. Mais au-delà de ses paysages spectaculaires, la côte d’Albâtre est aussi une terre d’histoires, de ports, de pêcheurs, d’artistes et de mémoire. Peintres impressionnistes, écrivains, marins et soldats y ont laissé leurs traces, faisant de ce littoral un concentré de Normandie, à la fois sauvage, lumineux et profondément marqué par la mer.
Récit et itinéraire
Jour 1: rejoindre la Côte d’Albâtre : de Paris au Tréport
Nous quittons Paris, et prenons la route pour Rouen. En chemin nous découvrons un lieu que mon compagnon de voyage avait depuis quelques temps repérés : La Roche-Guyon. Certes, nous ne sommes pas encore en Normandie, mais la Seine nous guide vers la région qui porte son nom : la Seine Maritime.
La Roche-Guyon
Première escale de notre road trip vers la Côte d’Albâtre : un petit hameau posé hors du temps. Ici, la roche blanche murmure des siècles d’histoire, tandis que la route, encore vierge de kilomètres, laisse déjà deviner le vent salé, les falaises crayeuses et l’appel de la Normandie à venir.
Perchée au-dessus d’un large méandre de la Seine, La Roche-Guyon s’impose comme une sentinelle de pierre. Son château, littéralement creusé dans la roche, domine le village, même s’il nous restera inaccessible, fermé pour l’hiver. C’est aussi ça, voyager entre Noël et le Nouvel An : volets clos, commerces silencieux, rues presque désertes. Mais loin de décevoir, cette quiétude donne au lieu un charme supplémentaire. Avec ses quelques centaines d’habitants, le village semble figé, lové au pied du château, comme si le temps avait décidé de faire une pause.







Nous nous y arrêtons une dizaine de minutes seulement. Le temps de profiter d’un soleil hivernal inattendu, d’attraper quelques viennoiseries pour la route, et de savourer ce calme rare avant de reprendre le volant. Direction la première grande ville normande de notre itinéraire : Rouen.
Rouen
Rouen se dévoile entre ombre et lumière, chargée d’histoire et de mémoire. Dans ses ruelles pavées bordées de maisons à colombages, le passé murmure encore, même au rythme des chants du marché de Noël. Sous les guirlandes et les effluves de vin chaud, la ville conserve une gravité douce, presque solennelle. Ici, l’ombre de Jeanne d’Arc semble veiller sur chaque place, chaque façade. C’est à Rouen que son destin s’est scellé, au cœur des flammes et de l’Histoire, faisant de la ville un lieu de souvenir autant que de grandeur.




Dominée par la majestueuse cathédrale Notre-Dame, Rouen impose immédiatement sa verticalité. Sa façade de pierre, changeante selon la lumière, nous est étrangement familière : Claude Monet l’a immortalisée dans sa célèbre série des Cathédrales de Rouen, la peignant à différentes heures du jour pour en saisir toutes les variations. La voir en vrai, c’est presque reconnaître un tableau devenu réalité, sentir le lien intime entre la ville et l’histoire de l’art.



Pourtant, c’est un autre lieu, plus intime et profondément symbolique, qui retient particulièrement mon attention : la place du Vieux-Marché. C’est ici que Jeanne d’Arc fut exécutée en 1431. Aujourd’hui, la place est dominée par l’église Sainte-Jeanne-d’Arc, construite en son honneur. Son architecture moderne contraste avec le reste de la ville, mais touche par sa sobriété. Les vitraux, provenant de l’ancienne église Saint-Vincent, y diffusent une lumière douce et colorée, presque apaisante. L’agencement du lieu, ouvert et lumineux, invite au recueillement sans lourdeur.
Le Tréport
Après environ deux heures et demie de route depuis Paris, nous atteignons enfin notre destination du jour : Le Tréport. Le point de bascule. Ici commence la Côte d’Albâtre.
À notre arrivée, la nuit a déjà posé un voile doux sur le port encore vibrant. Malgré l’entre-deux des fêtes, l’activité maritime ne faiblit pas vraiment. Les lumières des quais se reflètent dans l’eau sombre, les bateaux grincent doucement contre le ponton, et l’air salin, vif et humide, annonce déjà le grand large. Tout est calme, mais vivant.


Dans l’obscurité, on devine plus qu’on ne voit. Là-bas, en retrait, les falaises sont présentes sans se dévoiler. Massives, silencieuses, presque intimidantes, elles attendent le jour. Elles ne se montrent pas encore, mais on sent qu’elles sont là, comme une promesse tenue en suspens. Demain, à la première lumière, elles révéleront leurs lignes blanches : là où la Côte d’Albâtre commence réellement à se raconter.
Jour 2 sur la Côte d’Albâtre : du Tréport à Fécamp
Au matin, Le Tréport se révèle enfin. Et puis elles s’imposent. Les falaises. Wow. Blanches, crayeuses, parfois teintées d’ocre, immenses et presque irréelles, elles marquent le début de la Côte d’Albâtre avec une puissance tranquille. Une entrée en matière spectaculaire, brute et élégante à la fois. Impossible de détourner le regard : le voyage peut vraiment commencer.




Direction la terrasse panoramique, atteinte en voiture et non à pied, ni par le funiculaire (faut pas déconner, il fait au moins –10 000). De là-haut, le regard embrasse tout : Le Tréport à nos pieds avec ses belles toitures, Mers-les-Bains en arrière-plan, et même Eu sur le bas côté. Les toits serrés, la plage de galets, l’horizon qui file vers l’inconnu.




Et la voiture qui se remet en marche, vers la prochaine destination.
Dieppe
Après une trentaine de minutes de voiture , petite escale à Dieppe. Dix minutes à peine. Juste le temps de se faire sérieusement décoiffer par un vent bien décidé, celui qui ne négocie pas, et de sentir immédiatement l’énergie d’une ville tournée vers la mer.
Dieppe se dévoile comme une bourgade pleine de charme, animée par son port vivant, entre pêcheurs, passants pressés et embruns persistants. Et puis, surtout, il y a ce ferry. Mon compagnon s’arrête, captivé, décidé à observer chaque manœuvre, jusqu’à la descente minutieuse des voitures. Impossible de partir avant la fin du spectacle. Mais j’en décide autrement, le froid me congelant sur place.




Joli clin d’œil du voyage : le ferry s’appelle Côte d’Albâtre. Il arrive tout droit de Newhaven, à deux pas de Brighton, ma ville favorite anglaise. Difficile de ne pas faire le lien. Face à la Manche, ces falaises normandes me rappellent aussitôt les Seven Sisters. Comme si la côte d’Albâtre répondait, de l’autre côté de l’eau, à ses cousines anglaises. Un même blanc, une même verticalité, une même sensation de bout du monde… simplement séparées par quelques heures de traversée.
Veules-les-Roses
Nous reprenons la voiture en direction de Veules-les-Roses. À l’arrivée, le décor change immédiatement. Ici, les falaises me semblent plus sauvages, plus abruptes. Elles tombent presque à pic vers la mer et donnent d’emblée le ton de la Côte d’Albâtre : brute, verticale, sans compromis. En contrebas, la plage est superbe, large, bordée de galets clairs. Même à marée basse, la mer paraît immense, encore plus vaste au pied de ces parois impressionnantes.
L’ensemble est puissant, sans artifices. Un paysage franc, presque austère, où le contraste entre la rudesse des falaises et la beauté simple de la plage crée une émotion immédiate. Ici, rien n’est décoratif : tout est vrai.



Puis Veules-les-Roses se révèle, à l’abri de cette verticalité. Élue plus beau village de France en 2017, la bourgade dégage un charme discret, presque timide. Hors saison, tout est calme, presque endormi. Les volets sont clos, les ruelles silencieuses, et le village semble préservé, comme tenu à l’écart du tumulte.
Nous suivons tranquillement la Veules, cette minuscule rivière – officiellement le plus petit fleuve de France avec ses 1’149m (oui, la dénomination officielle est un fleuve…). Elle serpente doucement entre moulins, maisons à colombages et jardins soignés, glissant paisiblement jusqu’à la mer. La promenade est simple, apaisante, sans foule ni agitation.








On avance à son rythme, en prenant le temps d’observer les détails, de laisser le lieu s’installer doucement. Un moment suspendu, à l’image du village lui-même.
Sotteville-sur-Mer
Puis, nous revenons en arrière dans notre avancement de la Côte d’Albâtre: vers Sotteville-sur-Mer. Une halte presque graphique, pour voir cet escalier qui semble plonger droit dans la falaise. Taillé à l’origine dans la craie, il fut construit en 1890 pour les pêcheurs. On l’utilisait aussi pour remonter les galets, précieux à l’époque, destinés à la fabrication de la porcelaine et de la poudre d’émeri. Un lien direct entre la mer, la roche et le travail des hommes.




En 1940, son rôle stratégique devient évident. Trop exposé, trop utile. L’escalier est alors dynamité pendant la Seconde Guerre mondiale, laissant la falaise mutilée, interrompue dans sa continuité.
L’escalier renaît en 1954, reconstruit en béton. Aujourd’hui, c’est un long ruban de marches qui s’insinue entre les parois crayeuses, strict, presque monumental. À mesure que l’on descend, la mer se dévoile lentement, par fragments d’horizon. Chaque palier rapproche du rivage et rappelle, en creux, la rudesse de l’histoire autant que la puissance intacte des falaises.
Fécamp
À Fécamp, on se laisse tenter par un musée. Et fort bien nous en a pris. La Pêcherie s’impose comme une évidence, rappelant immédiatement l’identité profondément maritime de la ville, de la côte. Longtemps tournée vers la grande pêche, et notamment les campagnes lointaines vers Terre-Neuve pour la morue, Fécamp a vu, pendant des siècles, ses marins quitter le port pour des voyages éprouvants, rythmés par l’incertitude des départs et des retours.
Située à deux pas du port, La Pêcherie raconte cette histoire faite de travail dur, de courage et de mer indomptable. Filets, bateaux, récits de marins : tout y évoque une ville façonnée par l’iode salée. Aujourd’hui encore, le lieu conserve cette mémoire vive, entre patrimoine maritime et vie portuaire toujours bien présente.
Le site offre aussi une jolie vue sur la ville. En toile de fond se dresse le Palais Bénédictine, trop onéreux (la visite) pour nous sur le moment, mais dont nous goûterons plus tard la délicieuse liqueur, revisitée en spritz normand. Plus loin, les falaises s’étirent vers Yport et Étretat, découpant l’horizon et appelant déjà la suite du voyage.




Jour 3 sur la Côte d’Albâtre : de Fécamp à Étretat
Nous dormons dans un hôtel, très passable, et le lendemain, la réalité finit par nous rattraper : il fait un froid de canard. Les embruns n’arrangent rien. Heureusement, de bonnes crêpes (dans un petit restaurant dans la ville haute) viennent réchauffer l’instant et nous redonner l’énergie nécessaire pour partir à la conquête des falaises du jour.
Mais avant cela, détour obligé par le Palais Bénédictine, le temps de faire le plein de liqueur. La visite de l’abbaye et les secrets de cette recette aux multiples épices attendront une prochaine fois. Les falaises, elles (ou moi…) n’ont clairement pas la patience d’attendre.


Senneville-sur-Fécamp
En fin de matinée, cap sur Senneville-sur-Fécamp. Mon endroit favori de ce road trip.
Là-bas, le monde semble littéralement s’arrêter. Pas de bruit, pas de foule, pas de décor superflu. Seulement nous, le vent, la mer retirée et les falaises. Seuls au monde face à cette immensité blanche et verticale. On rigole de notre jeu de mot, mais c’est vraiment « Love at first cliff ». Brut. Immédiat. Évident.





Le lieu n’essaie pas de plaire. Il ne compose pas. Il est là, frontal, presque austère, et c’est précisément ce qui le rend bouleversant. Le silence est immense, seulement troublé par le souffle du vent et le ressac lointain. On se sent minuscules, mais étrangement à notre place.



Mon compagnon part à la chasse aux crabes, concentré et heureux, absorbé par ce jeu simple au ras des rochers. De mon côté, je pars à la rencontre du paysage. À marée basse, la mer s’est retirée loin devant, laissant les falaises se déployer dans toute leur ampleur. Massives, intactes, presque irréelles, elles s’élèvent sans détour, sans concession.
Elles ne cherchent pas à séduire. Elles s’imposent.
Magnifiques. Puissantes. Inoubliables.
Un de ces endroits où l’on n’a rien à ajouter, rien à expliquer. Juste à regarder, à ressentir, et à se souvenir.
Yport
Et puis, Yport. On tourne un peu, à la recherche d’un restaurant… sans succès. Mais peu importe. Ce village a sa propre richesse, loin du tumulte, dans sa simplicité et sa douceur de vivre.
Yport est calme, presque désert hors saison, et cette tranquillité se savoure avant d’arriver à Etretat. Les petites cabanes colorées qui ponctuent le bord de mer, des rayons de soleil bienvenus, des barques attendant de reprendre la mer, tout invite à la détente.






On imagine déjà l’été, quand la fameuse baraque à frites ouvrira ses portes, attirant les promeneurs gourmands et les rires d’enfants. Mais pour l’instant, hors saison, Yport se laisse traverser doucement, sans urgence ni bruit, comme une parenthèse silencieuse nichée entre deux falaises, offrant un souffle de calme au cœur de la Côte d’Albâtre.
Étretat
Et puis, Étretat. Ce lieu que je rêvais de voir, de ressentir depuis longtemps. Un nom qui évoque immédiatement ses célèbres falaises de craie blanche, ses arches sculptées par la mer, notamment la fameuse Porte d’Aval et l’Aiguille, silhouette emblématique qui se dresse vers le ciel. La commune, avec ses quelque 1 200 habitants, vit au rythme des visiteurs et visiteuses venus du monde entier, séduits autant par la beauté brute du site que par ses liens avec la littérature et la culture. En effet, qui n’a jamais entendu parler d’Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, dont plusieurs aventures se déroulent ici ou des célèbres peintures de Boudin et Monet ?
Mais la réalité rattrape un peu le rêve. Trouver une place de parking relève du défi : près de 40 minutes dans le grand parking au nord de la ville, à dix minutes de marche du centre. Et une fois sur place, la foule s’impose, brouillant un peu la magie du lieu. C’est un 29 décembre, il fait 2 degrés, avec un ressenti proche de -5. Alors qu’en serait-il en plein été, lorsque le site est pris d’assaut ?






Heureusement, le soleil est de la partie. Il vient accrocher sa lumière aux arches naturelles, aux falaises blanches, aux eaux profondes de la Manche, illuminant le paysage d’un éclat doré qui rappelle pourquoi Étretat fascine tant.












Nous randonnons une bonne trentaine de minutes sur les sentiers au-dessus des falaises, entre sensations iodées et magnifiques panoramas. Mais malgré la beauté indéniable, le charme un peu sauvage et solitaire des falaises que nous avons rencontrées plus tôt semble ici s’effacer sous le poids des visiteurs et visiteuses.
Étretat reste un lieu exceptionnel, un joyau normand, même si la magie y est désormais partagée, presque disputée.
Jour 4 : Au revoir Côte d’Albâtre; d’Étretat à Paris
La Poterie-Cap-D’Antifer
Le lendemain, cap sur La Poterie-Cap-d’Antifer. Nous avançons vers le phare d’Antifer, qui se dresse fièrement, sentinelle immuable face à l’immensité de la mer. Ce jour-là, la Manche est d’un calme presque irréel, une surface lisse et paisible, comme figée dans le temps, contrastant avec le souffle vif du vent froid qui, sans ménagement, s’engouffre dans nos vêtements et décoiffe nos cheveux.
Le sentier du GR21, qui serpente jusqu’à Étretat, nous tend les bras, mais nous choisissons de rester là, à contempler cet horizon infini où ciel et mer semblent se confondre. Un moment suspendu, empreint de silence et de question.



Ce lieu, chargé d’histoire, résonne aussi du poids des années sombres. Durant la Seconde Guerre mondiale, le cap d’Antifer fut un point stratégique, occupé par l’armée allemande. Intégré au célèbre Mur de l’Atlantique, il abritait des installations militaires destinées à surveiller la côte normande, à anticiper toute tentative d’invasion alliée. En imaginant les sentinelles postées là, guettant l’horizon avec une vigilance constante, le passé se fait presque palpable.
Cela me ramène aux pages du livre que je lisais à ce moment, où les souvenirs d’une Normande traversent les tourments de la guerre, notamment à l’approche du Débarquement. Ces récits, même fictifs, donnent une voix à ceux qui ont vécu dans l’ombre des falaises, au cœur d’un territoire marqué par l’attente et l’espoir, l’angoisse et la résistance.
Le Havre
Nous reprenons ensuite la route pour Le Havre où nous passerons deux heures à arpenter ses avenues et son port.
On est dès le début attiré par l’église Saint-Joseph. Monumentale et pourtant étonnamment lumineuse, elle s’élève tel un phare de béton brut, défiant le ciel et la mer avec une majesté moderne. À l’intérieur, la lumière devient presque une présence vivante : des milliers de vitraux colorés, œuvres de Marguerite Huré, une artiste féminine exceptionnelle (encore peu de femmes artistes mises en avant à l’époque).
Ces vitraux diffusent une atmosphère changeante et vibrante, où les murs se parent de nuances chatoyantes au fil de la journée. Chaque rayon de soleil semble danser sur ces fragments de verre, conférant au lieu une aura quasi mystique, en contraste avec le béton de l’église.


Édifiée après les dévastations de la Seconde Guerre mondiale par Auguste Perret, cette église n’est pas seulement un sanctuaire de recueillement, mais aussi un symbole de renaissance. Elle rend hommage aux victimes des bombardements qui ont marqué la ville, incarnant l’espoir et la résilience d’une cité qui a su se reconstruire, fière et moderne, face aux épreuves du passé.
À deux pas, la plage offre une bouffée d’air iodé et de simplicité bienvenue. Entre les galets polis par les marées, le vent marin vif qui fouette le visage et l’horizon infini, l’ambiance y est décontractée, sportive, et je trouve que le lieu à des allures de Santa Monica en Californie.
Nous poursuivons ensuite vers le port, véritable cœur battant de la ville. Là, le va-et-vient incessant des cargos et des grues raconte une histoire de travail, de commerce et d’ouverture sur le monde, qu’on ne voit pourtant pas. Les visiteurs et visiteuses peuvent se rendre au Port Center : ce centre d’interprétation moderne nous plonge au cœur de l’activité maritime, dévoilant les secrets du fonctionnement de ce géant portuaire. Né de la reconstruction d’après-guerre, ce port reste résolument tourné vers l’avenir et le large, symbole de la vitalité économique et de l’ambition du Havre.




A ce moment, nous aurions pu rentrer directement sur Paris, mais je voulais voir une petite ville qui me faisait de l’oeil depuis des années, et qui se trouve de l’autre côté de l’estuaire de la Seine : Honfleur.
Honfleur
Honfleur nous séduit dès nos premiers pas. Nous nous garons sur un parking situé à quelques pas de l’attraction phare de Honfleur : son Vieux-Bassin. Autour de celui-ci, les hautes maisons aux façades étroites se reflètent dans l’eau calme, comme un tableau vivant.




Ce décor a inspiré des générations d’artistes. Boudin, Monet ou Courbet y ont trouvé une lumière unique, changeante, idéale pour capter l’instant. Aujourd’hui encore, galeries et ateliers prolongent cet héritage, donnant à la ville une âme profondément artistique, où chaque quai, chaque barque, semble raconter une histoire de peinture et de mer.





Retour sur Paris et réflexions
Au fil de ces quatre jours sur la Côte d’Albâtre, j’ai compris que ce voyage n’était pas seulement une succession de falaises, de ports et de villages. C’était un dialogue permanent entre paysage et création.
À Rouen, devant la cathédrale immortalisée par Claude Monet, j’ai vu comment la lumière transforme la pierre en tableau vivant. À Étretat, impossible de ne pas penser aux toiles d’Eugène Boudin ou de Gustave Courbet, qui ont cherché à capturer ce blanc presque irréel, cette verticalité dramatique. À Honfleur, l’art n’est pas un souvenir : il est encore là, dans chaque galerie, dans chaque reflet du Vieux-Bassin.
Même au Havre, dans la modernité brute de l’église Saint-Joseph imaginée par Auguste Perret et illuminée par les vitraux de Marguerite Huré, j’ai retrouvé ce fil rouge : la lumière. Toujours elle. Sur la craie des falaises, sur la mer changeante, sur le béton reconstruit.
La Côte d’Albâtre ne se contente pas d’être belle. Elle inspire. Elle impose un rythme. Elle oblige à lever les yeux, à ralentir, à observer les nuances d’un ciel qui ne tient jamais en place. Peut-être est-ce pour cela que tant d’artistes y ont trouvé refuge : ici, la nature fait déjà la moitié du travail.
Je repars avec des images plein la tête. Certaines photographiées, d’autres simplement gravées, et cette sensation d’avoir suivi, presque inconsciemment, un musée à ciel ouvert. Un musée où la mer est conservatrice, le vent commissaire d’exposition, et la lumière, éternelle artiste.
